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A Dolo, la source des Doges, jaillit l'or bleu de Venise

Venise, 30 novembre 2021 - L'eau de Dolo, l'or bleu, était un trésor pour Venise et pour ce petit village de la Riviera del Brenta. Source de vie et bien essentiel, il a donné vie non seulement à la population mais aussi à son économie, établissant au fil du temps un lien unique et indissoluble qui se poursuit encore aujourd'hui.

Eau est synonyme de Venise, et dans la ville flottante qui fête cette année ses 1600 ans, l'eau douce était autrefois introuvable.

"Veniexia è in aqua et non ha aqua" (en français : Venise est sur l’eau mais elle n’a pas d’eau) écrivait le célèbre historien et politicien Marin Sanudo, et c'est précisément pour cela que les histoires de Venise et de Dolo s'entremêlent autour de l'eau potable, l'eau des Doges.

Au dix-septième siècle, avant la construction de l'aqueduc public de la seconde moitié du dix-neuvième siècle et après l'utilisation de réservoirs d'eau de pluie et de vere da pozzo, on a conçu et construit le canal Seriola, long environ 14 kilomètres et large presque un mètre. De Dolo à Moranzani di Mira, le canal transportait l'eau, qui était ensuite filtrée et enfermée dans de grands tonneaux, prêts à être transportés ailleurs.

Hinc Potus Urbi, d’ici l'eau potable de la ville, dit l'inscription en marbre gravée sur le point où le canal Seriola dérive de la Brenta, et d'où l'or bleu était chargé dans des burchi et des burchielli (termes indiquant des embarcations typiques de la lagune vénitienne), prêt à être transporté à Venise.

"Une fois transportée dans la ville, l'eau douce était versée dans les vere da pozzo ou livrée au Doge, ce qui en faisait un bien essentiel pour Venise", explique Elisabetta Vulcano, fondatrice du Centro Studi Riviera del Brenta.

Bien précieux et essentiel non seulement pour la vie des Vénitiens, l'eau de Dolo entraînait les burchielli, faisait bouger les vannes des écluses vinciennes et faisait tourner la roue de ce qui, au seizième siècle, était considéré comme l'un des plus grands moulins d'Europe. Le travail et la richesse étaient les garants d'un moulin dans le village, qui était à l'époque cinq fois plus grand que l'actuel. C'est là que les céréales récoltées par les agriculteurs dans les campagnes étaient amenées, moulues, transformées en farine, emballées dans des sacs, chargées dans des bateaux, transportées et vendues sur les différents marchés locaux.

Construire un moulin à Dolo signifiait investir et réaménager une zone jusqu'alors inconnue, réhabiliter les routes et les canaux romains, détourner la Brenta et rendre la zone praticable par tous les temps. Le choix de la Sérénissime, qui a toujours été pionnière dans de nombreux secteurs, s'est bientôt révélé indispensable, en raison de la découverte de l'Amérique, du développement du commerce d’outre-mer et des pertes de flux commerciaux en Méditerranée. Ainsi, en l'espace de quelques décennies, le petit village de Dolo est devenu un centre de référence économique, hydrique et social pour Venise, restant ainsi même après sa chute.

En effet, la Seriola a continué à être l'une des principales sources d'eau dans laquelle puisait l'aqueduc vénitien jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle, tandis que le moulin, élément clé de l'économie de la ville lagunaire ainsi que du lieu, est resté actif jusqu'en 1989.

Les lunettes astronomiques et la présentation du "cannon" de Galilée : histoire d’une excellence vénitienne

Venise, 24 novembre 2021 - Fabriquée en bois, ivoire, os, cuir ou parchemin, d'abord à des fins militaires, puis pour observer le ciel et découvrir des informations qui ont révolutionné l'histoire de l'univers. Nous sommes en train de parler de la lunette astronomique, une invention postérieure à celle des lunettes, également originaires de Venise et qui y ont été construits et exportés avec un grand succès. C’était le 21 août 1609, quand Galilée choisissait le clocher de la basilique Saint-Marc, affectueusement surnommé le "Paron de casa" (en français : Maître de maison), pour présenter sa dernière découverte sensationnelle : le "cannon", comme l'appelaient les Vénitiens. En montant au clocher avec les plus hauts fonctionnaires de la Sérénissime République et Leonardo Donà, le 90ème doge de Venise, il a montré le potentiel d’un instrument qui aurait pu aider la Sérénissime à vaincre ses ennemis. Cet événement est aussi rappelé par une plaque commémorative apposée sur le clocher, dévoilée le 7 juin 2009 à l'occasion du 400ème anniversaire des premières observations astronomiques : "Galileo Galilei, avec son télescope d'ici le 21 août 1609, a élargi les horizons de l'homme au quatrième centenaire".

C'est ainsi que les verreries de Murano se sont immédiatement mis au travail pour construire un instrument qui après est devenu une mode dans le monde entier.

“Les lentilles étaient en cristal de roche et Galilée lui-même a acheté des lentilles de Murano jusqu'en 1620", explique Roberto Vascellari, opticien vénitien, collectionneur et président du comité scientifique du Museo dell'Occhiale de Pieve di Cadore, “Ce qui est certain, c'est que la combinaison d'une lentille négative et d'une lentille positive a conduit Galilée à perfectionner la découverte hollandaise d'une lunette d'approche, car la qualité visuelle introduite par Galilée était clairement supérieure aux autres". À tel point qu'en Hollande, on est arrivé à déclarer que les lunettes astronomiques vénitiennes, notamment celles d'un certain Bacci, étaient nettement supérieures à tous les autres existantes. En effet, même lorsque le célèbre astronome s'est installé à Florence à la cour des Médicis et qu'il a essayé de faire produire, sans grand succès, les lentilles par un verrier florentin, il a été contraint pendant des années de se tourner vers les verriers de Murano, dont la maîtrise était inégalée.

Dans son atelier, à quelques pas du pont du Rialto, Vascellari a aménagé une vitrine consacrée à la production de lunettes astronomiques du dix-septième et dix-huitième siècle, fabriquées à Venise après la découverte de Galilée.

“Elles sont toutes principalement en papier mâché et possèdent des anneaux, en bois, en ivoire, en corne, en argent ou en laiton, qui maintiennent l'objectif“, explique-t-il, “ce sont des lunettes astronomiques pour la vision à longue distance avec la construction typique de Galilée, qui avait assemblé une lentille positive et une négative et conservait ainsi l'image agrandie mais droite. Ensuite, Kepler a construit une lunette astronomique avec deux lentilles positives : ça donnait un plus grand grossissement pour l'astronomie, mais retournait l'image. Il existe également des systèmes de redressement pour augmenter la puissance par rapport à la lunette de Galilée, mais le concept initial était lequel d’une lentille positive et une négative".

De petites lunettes astronomiques sont également exposées, ainsi que de petits objets en os et en papier mâché, ou en laque vénitienne avec des inserts en or : ils étaient tous utilisés par les dames au théâtre pour mieux observer les acteurs ou "espionner" quelqu'un dans le public.

 

Un voyage dans les hôtels vénitiens historiques : entre les trésors artistiques, les légendes et 1600 ans d'histoire

Venise, 18 novembre 2021 - Surplombant les étroits canaux vénitiens ou donnant sur les campi de la ville, décorés de fresques par les peintres les plus célèbres de l'histoire de l'art, meublés d'antiquités et de collections d'époque qui racontent les anciennes habitudes d'un passé de splendeur, de luxe et de convivialité. La plupart des hôtels de Venise sont situés dans certains des plus beaux palais historiques de la ville et témoignent les légendes et les moments de vie d'un passé fascinant qui fait partie des 1600 ans d'histoire de la ville.

De la plus ancienne auberge de Venise à l'hôtel qui abrite des collections d'objets du monde entier, en passant par le lieu d’hébergement touristique qui permet de dormir sous un plafond décoré d'une des premières peintures de Tiepolo, le voyage à travers les hôtels de Venise est un voyage imaginaire entre passé et présent.

Alessandro Spada, créateur et fondateur de la page et du groupe Facebook Hidden Corners of Venice (qui compte près de 40 000 adeptes et s'occupe de raconter les secrets et les coins cachés de Venise à travers l'histoire), nous accompagne dans ce voyage. À ce jour, il a recueilli, étudié et raconté à son public 170 hôtels de la ville et l'histoire des palais respectifs dans lesquels ils se trouvent. Né en Suisse et passionné par Venise et son histoire, Alessandro, journaliste free-lance et guide touristique à Florence, habite à Padoue, où il passe ses journées à approfondir les différents aspects de l'histoire de Venise. Ce qui n'était qu'une passion et une idée née presque par hasard est aujourd'hui devenue une mission pour Alessandro, qui vise à créer une archive de récits de voyage et d'images, une sorte de "carte" des palais historiques vénitiens qui sont devenus des hôtels qui peut être transmise au fil du temps.

"Au début, les responsables des hôtels étaient hésitants, les portes étaient le plus souvent fermées. Puis, lorsqu'ils ont compris pourquoi je voulais collecter des anecdotes et des curiosités, j'ai pu entrer dans leurs chambres, leur faire raconter les histoires des bâtiments et interagir avec leur nouvelle vie. Ce que j'écris, c'est ce que je vois, ce que je trouve dans les livres et ce qu'ils me disent quand je me promène dans les salles des palais".

Il suffit de traverser le pont du Rialto et de s'arrêter dans la calle del Sturion, l'une des rues transversales de la riva del Vin, pour avoir l'impression d'entendre la gaieté, les rires et les joyeux bavardages des voyageurs qui, dans le passé, s'arrêtaient ici pour boire du vin avant d'aller se reposer dans les auberges. Et c'est précisément dans ce lieu que se trouve un des premiers hôtels de Venise : l'Antica locanda Sturion. Datant de 1290, ce lieu ne peut passer inaperçu en raison de son enseigne fascinante qui renvoie à l'époque des auberges d'antan.

"L'une des plus belles parties de l'auberge, outre son mobilier et l'atmosphère qui nous rappelle encore la Venise d'autrefois, est son enseigne historique", commente Alessandro Spada, "Bien qu’il s’agisse d’une reproduction réalisée par un artisan vénitien, la structure conserve encore son enseigne historique qui figure, telle que nous la voyons aujourd'hui, dans le tableau La légende de la croix de Vittore Carpaccio, conservé aux Galeries de l’Académie de Venise".

Reconstruite au dix-huitième siècle après l’incendie du pont du Rialto, cette structure comprenait autrefois la quasi-totalité du palais qui l'abritait, des rez-de-chaussée qui servaient d'étables pour les chevaux, de cavane (une sorte de dépôts pour les bateaux) et d'entrepôts, aux étages supérieurs qui abritaient les chambres pour héberger. Aujourd'hui, il ne reste que le dernier étage de l'Antica Locanda Sturion, auquel on accède par un long escalier raide qui nous transporte, comme dans une machine à voyager dans le temps, directement au cœur du treizième siècle, parmi des sols vénitiens (sols composés de la grenaille de marbre et pierres, mélangés à la chaux), des murs décorés en rouge foncé, des portes et des meubles en bois datant de plusieurs siècles et des fenêtres qui donnent sur le Grand Canal.

Notre voyage se poursuit le long de la riva degli Schiavoni, où le regard ne peut manquer de tomber sur la façade d'un palais qui affiche son nom à travers les carreaux d'une mosaïque. Et c'est ici, dans un palais du côté de la calle della Pietà et regarde directement vers l'île de San Giorgio, que nous trouvons l’Hôtel Metropole, caractérisé par une atmosphère orientale et dépositaire de précieuses collections d'antiquités qui encore aujourd'hui continuent de raconter les histoires des voyageurs de passage à Venise. Connu au dix-neuvième siècle comme Casa Kirsch, le Metropole permet de faire un voyage dans le temps vers les lieux qui ont servi de toile de fond à la vie de certains des artistes les plus importants de l'histoire : en effet, il a suscité un grand intérêt de la part de divers représentants du monde de l'art, de la musique et de la littérature, fascinés par son atmosphère accueillante. Parmi eux, Sigmund Freud, qui a séjourné dans l'hôtel en 1895, Marcel Proust et Thomas Mann, qui a écrit l'un de ses romans les plus célèbres, Mort à Venise, dans une chambre de cet hôtel. Le palais a également été choisi par le peintre Jacopo De Barbari comme objet de représentation dans l'une de ses gravures du seizième siècle.

Des grands noms du passé, mais aussi de nombreux objets, des valises anciennes aux éventails de toutes les époques, en passant par les vêtements, les tire-bouchons et les vieilles serrures, l'Hôtel Metropole, qui appartient désormais à la famille d'hôteliers Beggiato, possède une collection d'antiquités diverses qui attire de nombreux passionnés et curieux.

"L'une des plus belles histoires liées au Metropole de Venise est qu'il faisait autrefois partie de l'Istituto della Pietà, dont il conserve encore d'importantes traces", révèle Spada. "Sur un côté de l'hôtel, en effet, on trouve encore la porte dite "des Innocents", qui était utilisée par les parents qui abandonnaient anonymement leurs enfants en les déposant à l'intérieur. Puis, lorsqu'une cloche sonnait, ils avaient tout le temps de partir anonymement. De plus, les données historiques indiquent que la chapelle dans laquelle Vivaldi enseignait aux putte da coro au début du dix-huitième siècle était autrefois installée dans ce qui est aujourd'hui le bar de l'hôtel".

En poursuivant notre promenade le long de la riva degli Schiavoni, auprès de San Zaccaria, nous découvrons d'autres récits de voyage et des trésors cachés. Il suffit de tourner notre regard vers un palais blanc, juste en face du monument dédié au roi italien Victor-Emmanuel II, et de nous approcher de son entrée pour trouver d'autres traces de voyageurs importants. Nous sommes à l'Hôtel Londra Palace, une structure du dix-neuvième siècle qui portait à l'origine le nom d'Hôtel d'Angleterre et qui porte encore la trace du passage de noms illustres.

"À l'entrée de l'hôtel, il y a deux statues de lions très intéressantes", commente Alessandro Spada, "l'une représente le lion de Saint-Marc et est dédiée à Venise, et l'autre est le lion d'Angleterre avec une dédicace spéciale au pays qui dans le passé a donné son nom à l'hôtel. Les deux lions sont également représentés à l'intérieur de l'hôtel, en mosaïque, à l'entrée du restaurant. En outre, c'est dans le hall de cet hôtel que Tchaïkovski a composé sa quatrième symphonie, initialement intitulée Deux Lions en l'honneur des statues qui l'ont inspiré. Aujourd'hui encore, vous pouvez lire une partie de cette symphonie sur un mur du hall d'entrée de l'hôtel".

En plus d'avoir accueilli des personnages illustres tels que le compositeur russe, Borges et Jules Verne, le Londra Palace était également un hôtel important pendant la période de l'unification italienne. Par exemple, l’écrivain italien Gabriele D'Annunzio y a séjourné peu après l'annexion de Venise au royaume d'Italie en 1867, en occasion de la veille de l'inauguration de la statue dédiée au roi Victor-Emmanuel II, qui se dresse toujours dans la riva. Ce lien avec une période importante de l'histoire italienne se retrouve également sur la façade de l'hôtel, où un petit blason des Savoie est toujours présent.

Un peu plus loin, toujours sur la riva degli Schiavoni, nous pouvons nous replonger dans le passé de Venise en entrant dans l'historique hôtel Danieli, autrefois appelé Palazzo Dandolo. Ce bâtiment possède encore des éléments datant du quatorzième siècle, comme l'imposant escalier qui vous accueille dans le hall de l'hôtel : dans le passé, en réalité il se trouvait à l'extérieur et constituait l'entrée de l’étage habité par les nobles.

En poursuivant notre promenade vers le campo Santa Maria Formosa, nous arrivons à la dernière étape de notre voyage dans les hôtels historiques de Venise : l'Hôtel Ruzzini, un lieu qui continue à préserver des trésors cachés et à transmettre, avec respect, l'histoire du palais qui l'a longtemps abrité. Sa façade évoque toute la grandeur de son histoire et nous rappelle, à travers sa double porte d'entrée, une légende ancienne et méconnue.

"Certains l’ignorent, mais on raconte que, dans le dix-septième et dix-huitième siècle, les familles aristocratiques vénitiennes utilisaient deux portes d'entrée pour une raison bien précise", souligne Alessandro Spada, "La raison était qu'une porte était dédiée à l'entrée et à la sortie des vivants et l'autre uniquement à la sortie des morts ".

Et ce n'est pas tout, car une autre curiosité liée à cet hôtel, historiquement confirmée, est qu'au-dessus des deux portes d'entrée, sur les deux marcapiani, il y a des inscriptions, une sorte de graffiti avec des fils à plomb qui correspondent aux instructions de montage de la structure laissées par Bartolomeo Manopola au dix-septième siècle lorsqu'il a construit la façade baroque de l'édifice.

Mais avant d’être connu comme Hôtel Ruzzini, le bâtiment était nommé Palazzo Loredan Ruzzini Priuli : realisé entre la fin du seizième et le début du dix-septième siècle, il prenait son nom de Carlo Ruzzini, 113ème doge de Venise en 1732. La façade principale de l'hôtel, ainsi que l'ancienne entrée, est sur le rio où se trouve encore la porta d’acqua datant de la fin du seizième siècle. À l'intérieur du palais, il y a plusieurs suites qui reproduisent fidèlement l'aspect du palais d'origine, grâce aussi à une restauration effectuée au début de ce siècle ; mais l'aspect le plus suggestif de ce lieu est peut-être caché dans une pièce, une suite royale qui, sur son plafond, a imprimé un moment crucial de l'histoire de l'art vénitien. En effet, c’est ici qu’on peut admirer une fresque, représentant le mythe de Zéphyr et Flora, peinte par Gregorio Lazzarini au début du dix-huitième siècle. Il semble toutefois que Lazzarini n'ait pas été le seul à mettre la main à la création de cette fresque. À vrai dire, le peintre vénitien aurait été aidé dans la création de l'œuvre par nul autre que l’enfant Tiepolo.

"Lazzarini était le maître de Tiepolo, qui avait environ sept ans lorsque l'atelier a commencé à travailler sur la fresque de Zéphyr et Flora. C'était l'âge où l'on commençait à travailler en atelier, et c'est ainsi qu'à l'Hôtel Ruzzini, on peut dormir sous un plafond peint à fresque, dans certaines de ses parties, par un Tiepolo très jeune mais déjà talentueux, dont nous pouvons voir la toute première œuvre d'une longue carrière artistique".

Ce voyage sur les traces des anciens voyageurs vénitiens nous a conduits à différentes époques historiques et nous a fait visiter de lieux qui, dans un passé lointain, ont permis à ceux qui n'étaient alors que des jeunes voyageurs en quête d'eux-mêmes de devenir de grands artistes, musiciens et écrivains, inspirés par ces merveilleux palais vénitiens qui, aujourd'hui encore, continuent de parler d'eux.

 

L'histoire de Dolo, d'un village rural sur le territoire vénitien à un centre économique et culturel à l'époque de la Sérénissime

Venise, 3 novembre 2021 - À quelques kilomètres de Venise, sur les rives du Naviglio del Brenta, se trouve le village de Dolo. C'est un joyau du territoire vénitien dont le lien avec la Sérénissime a des racines anciennes qui se manifestent encore dans ses palais, ses églises et les rues de la ville, témoignages de la domination d'une ville qui fête cette année son 1600ème anniversaire.

Il suffit de se promener dans les rues de Dolo pour le remarquer : de la façade de l’église de San Rocco qui, entre le marbre blanc et les colonnes de l'église, nous souvient la basilique San Giorgio Maggiore de Venise au clocher qui rappelle, par son aspect et ses couleurs, le "Paron de Casa" (terme affectif qui indique le clocher de Place Saint-Marc). On peut également retrouver Venise dans les rues de Dolo en écoutant le bruit de l'eau qui coule sur les aubes du moulin et en percevant ce même clapotis des canaux vénitiens au passage des gondoles, ou en jetant un œil sur le squero historique (terme qui indique le lieu où on réparait les bateaux), le seul de toute la Riviera del Brenta, qui nous ramène au travail des charpentiers de la ville lagunaire.

C'est au seizième siècle que le premier contact a été établi entre Dolo et Venise, deux endroits géographiquement proches mais, jusqu'alors, encore distants dans leurs relations. Celle de créer un lien entre la cité lagunaire et ce petit village de l'intérieur fut une décision prise par le gouvernement vénitien. En effet, à l’époque, la Sérénissime a choisi de réaménager une partie de son territoire pour en faire une étape alternative pour le commerce méditerranéen qui, après la découverte de l'Amérique et le développement du commerce d’outre-mer, commençait à décliner.

"C'est la vente soudaine de terres d’arrière-pays à la noblesse vénitiennequi a entraîné le développement de l'élevage et de la culture dans les villas de la Riviera de Brenta", déclare Elisabetta Vulcano, fondatrice du Centro Studi Riviera del Brenta, "Deux siècles plus tard, ces villas deviendront des exemples de splendeur et d'élégance, ainsi que les lieux de séjour de la noblesse vénitienne sur la terre ferme, transformant ainsi un lieu encore inconnu en "salon beau" de la Riviera".

Le lien entre Dolo et Venise est également confirmé par un autre élément : la rivière Brenta. Cette voie navigable, considérée par les Vénitiens comme une continuation imaginaire du Grand Canal, a favorisée un rapide développement commercial, économique et mondain de la ville. Le Naviglio del Brenta, encore présent à Dolo aujourd'hui, la divisait en deux pôles distincts. D'une part il y avait le pôle social, délimité par le Caffè Commercio, le premier lieu public de la ville construit sur l'exemple des cafés vénitiens. D'autre part, le pôle économique constitué par le moulin monumental, cœur battant de l'activité économique de la ville, par le squero dans lequel on réparait les burchi et les burchielli (termes qui indiquent des embarcations typiques de Venise) et on imperméabilisait les fonds des bateaux, et par des écluses historiques pour le transport des marchandises et des personnes.

Ces dernières représentent une révolution pour la Riviera del Brenta. Appelées "vinciane" parce qu'elles étaient basées sur un projet de Léonard de Vinci, les écluses ovales ont été installées en quatre endroits du territoire vénitien : Dolo, Mira, Stra et Moranzani. Elles garantissaient une bonne navigation de et pour la cité lagunaire, en aplanissant la différence de hauteur de 12 mètres entre Padoue et Venise.

"Dans le passé, franchir une écluse avec un burchiello n'était certainement pas un processus aussi rapide que nous pouvons l'imaginer aujourd'hui", explique Elisabetta Vulcano, "ceux qui passaient devaient attendre pendant des heures avant de continuer leur navigation le long de la rivière. Pour cette raison, autour de ces systèmes hydrauliques de petites places commerciales se sont développées, où les marchands passaient le temps en jouant aux dés, en achetant des marchandises aux stands installés le long de la rive ou simplement en buvant un puntcio della barcarola au Caffè Commercio, comme on peut le voir dans certaines œuvres de Giambattista Cimaroli et Francesco Costa".

Dans chaque coin de Dolo, du plus caché, comme la calle dei Calafati, au plus imposant et majestueux, comme la place qui abrite le petit "Paron de Casa”, on retrouve l'histoire, la culture et le savoir vénitien qui, en peu de temps, ont réussi à transformer une petite ville de la Riviera del Brenta en l'un des plus importants centres culturels, sociaux et économiques à l'époque de la Sérénissime.

 

LIEN ENTRETIEN VIDÉO

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La Fête de la Madonna della Salute : chaque 21 novembre les Vénitiens renouvellent leur vœu pour la fin de la peste de 1630

Venise, 15 novembre 2021 - C'est une longue et lente marche celle que les Vénitiens font chaque 21 novembre pour apporter une bougie à la basilique Santa Maria della Salute (connue aussi comme église de la Madonna della Salute). N’importe la météo, c'est un devoir de se rendre à la Salute pour prier et demander à la Vierge la protection pour soi-même et ses proches. Il s'agit d'une longue et lente procession à pied, en compagnie de la famille ou d'amis proches, en traversant le pont votif flottant qui, chaque année, relie les sestieri de San Marco et de Dorsoduro. Tout comme il y a quatre siècles, quand le doge Nicolò Contarini et le patriarche Giovanni Tiepolo ont organisé une procession et des prières pendant trois jours et trois nuits, rassemblant tous les citoyens qui avaient survécu à la peste. C’était dans cette occasion que les Vénitiens ont fait le vœu solennel à la Vierge de construire une église en son honneur si la ville survivait à l'épidémie.

Celui entre Venise et la peste est un lien fait non seulement de mort et souffrance, mais aussi de revanche et volonté de se battre et de recommencer. L’histoire nous raconte qu’entre 954 et 1793 la ville a enregistré un total de soixante-neuf épidémies de peste : des épisodes dramatiques qui ont causé des dizaines de milliers de morts dans quelques mois. Deux sont les épidémies de peste les plus grandes, dont la ville porte encore les traces : celle de la période 1575-1577, et celle du 1630-1631. Et c’est l’épidémie du dix-septième siècle celle qui a entrainé la construction de la basilique de la Salute, conçue par Baldassare Longhena, et qui a couté à la République de Venise 450 000 ducats.

Dans cette occasion, la peste s'est propagée rapidement, d'abord dans le quartier de San Vio et puis dans le reste de la ville, aidée par l'inconscience des marchands qui revendaient les vêtements des morts. Et donc, la situation est dégénérée : les 150 000 habitants de l'époque ont paniqué, les lazzaretti ont débordé, les cadavres des morts contagieux ont été abandonnés dans les coins des calli.  C’était pour cette raison que le patriarche Giovanni Tiepolo a ordonné, du 23 au 30 septembre 1630, l’institution de prières publiques dans toute la ville, en particulier dans la cathédrale San Pietro (dans le sestiere de Castello), qui à l’époque était le siège du patriarcat ; le doge Nicolò Contarini et l'ensemble du Sénat ont aussi participé à ces prières. Peu après, le 22 octobre de la même année, on a décidé d’organiser des processions en l'honneur de Maria Nicopeja pendant les 15 samedis suivants. Mais la peste continuait de faire des victimes : en novembre 1630, le nombre des morts était près de 12 000 personnes. Sans arrêter d’invoquer l’aide de la Vierge, le Sénat a donc décidé qu’il fallait aussi faire vœu de construire une église dédiée à la "Très Sainte Vierge, la nommant Santa Maria della Salute", tout comme le vœu fait au Redempteur pour la peste du 1575-1577. En outre, il a décrété que dans le jour officiel de la fin de la contagion les Doges devraient aller visiter cette église, en signe de leur gratitude envers la Vierge. En 1631 la peste finalement s’est arrêté : en deux ans, on a estimé près de 50 000 victimes pour la seule ville de Venise, et environ 700 000 morts pour l'ensemble du territoire de la Sérénissime. En janvier 1632 on a donc commencé les travaux de démantèlement des murs des anciennes maisons de la zone adjacente à Punta della Dogana. Enfin, l’église de la Salute a été consacrée le 9 novembre 1687, un demi-siècle après la propagation de la maladie, et la date de la fête a été officiellement modifiée au 21 novembre.

Le vœu fait au dix-septième siècle est également rappelé à la table. Chaque année, à l'occasion de la Fête de la Madonna della Salute, il est possible de déguster la castradina, un plat à base de viande de mouton qui hommage les Dalmatiens. Selon la tradition, pendant la pandémie les Dalmatiens étaient les seuls qui ont continué à approvisionner la ville, en transportant le mouton fumé sur leurs trabaccoli (nom d’un type de bateau). L'épaule et la cuisse du mouton ou de l'agneau étaient préparées presque comme les jambons d'aujourd'hui, salées et massées avec un mélange de salaison composé de sel, de poivre noir, de clous de girofle, de baies de genièvre et de fleurs de fenouil sauvage. Après cette préparation, les morceaux de viande étaient séchés, légèrement fumés et suspendus à l'extérieur des cheminées pendant au moins quarante jours.

Regard à l’origine du nom "castradina", il y a deux hypothèses : la première est qu'il dérive de "castra", c’est-à-dire les casernes et forteresses vénitiennes disséminées dans les îles de la République, où l'on conservait la nourriture pour l’armée ; la seconde est qu'il s'agit d'un diminutif de "castrà", terme dialectal pour désigner le mouton ou l'agneau. La cuisson du plat est assez élaborée, car elle nécessite d’une longue préparation durant trois jours, comme la procession qui commémore la fin de la peste. La viande est en effet bouillie trois fois en trois jours, pour lui permettre de se purifier et de devenir tendre ; elle est ensuite cuite lentement pendant des heures, et on y ajoute du chou pour en faire une soupe savoureuse.

L'histoire de la famille Giacomelli, une dynastie de photographes qui a immortalisé la splendeur de la Venise du vingtième siècle

Venise, 2 novembre 2021 – Boîtes, plaques et acétates. Images historiques d'une Venise qui n'existe plus, d'événements et de fêtes, du Festival international du film aux concerts du théâtre La Fenice. Des images en noir et blanc d'inaugurations et de vernissages qui ont marqué l'histoire d'une ville qui cette année fête son 1600ème anniversaire. Des aperçus de la vie quotidienne jalousement gardés dans des archives photographiques qui nous permettent de revoir Venise entre les années 1920 et 1990 grâce aux photos capturés par l'objectif du photographe Pietro Giacomelli, qui sont ensuite devenus partie intégrante du patrimoine artistique de la ville de Venise grâce au Fondo fotografico Giacomelli.

Dans ce cas, l'histoire de Venise se mélange avec l'histoire de la famille Giacomelli, une dynastie de photographes qui ont capturé, avec leurs appareils, la naissance d'événements importants dans la Venise d'aujourd'hui. Tout a commencé à la fin du dix-neuvième siècle, quand Giacomo Giacomelli, un irrédentiste de Trieste, s'est réfugié à Venise pour échapper aux autorités policières des Habsbourg : ici, après une période d'apprentissage, il a repris l'atelier déjà établi de Domenico Contarini à San Moisé.

À sa mort, son fils Pietro, né en 1892, se met au travail, transformant l’atelier en une entreprise connue dans tout le monde. Ami de la famille royale italienne, dont il était également le photographe officiel, et des personnalités les plus éminentes et les plus influentes de l'industrie et de la culture, comme Giovanni Colpi, il est parvenu à s'assurer des services photographiques très importants pour celle époque-là. En effet, pendant les vingt ans du fascisme, Venise se trouvait au centre d’un processus de transformation urbaine et économique jamais connu auparavant : Giacomelli a ainsi pu documenter, par exemple, la construction du nouveau Ponte degli Scalzi sur le Grand Canal, la construction du nouveau Ponte littorio entre Venise et la terre ferme, mais aussi la naissance et la formation de la nouvelle zone industrielle de Porto Marghera et de son quartier urbain, les profondes transformations en direction du tourisme et des hôtels sur le Lido et, exclusivement, les nouveaux événements culturels importants de la Biennale, le cinéma et l'art.

Outre l’atelier de Campo San Moisé, où les images étaient développées, imprimées et archivées, l’entreprise disposait également d'une agence photographique qui travaillait avec l'Ente nazionale per il turismo (en français : Office national du tourisme) pour envoyer les tirages des sites et attractions vénitiens dans le monde entier.

À la mort soudaine de Pietro Giacomelli en 1939, l'entreprise, qui continue malgré les années difficiles de la guerre, est hérédité par sa fille Vera. En 1955, l'atelier s'installe à la Frezzeria, près de la place Saint-Marc, où il restera jusqu'à sa fermeture définitive en 2001, après des années de gestion par Gianni Giacomelli, le frère de Vera, et ses fils.

Ce qui reste aujourd'hui est un trésor de souvenirs : plus de deux cent mille négatifs de différents formats sont conservés dans les archives historiques Celestia de la mairie de Venise. Ils proviennent du Fondo fotografico Giacomelli, acquis par la mairie de Venise en 1995, qui contient la majeure partie du matériel produit par la "Reale Fotografia Giacomelli".

Dans les archives Celestia, les matériaux de la collection photographique sont réceptionnés et traités, puis archivés et mis à disposition dans Album di Venezia. Souvent, on tombe sur des surprises historiques inattendues, comme quand de l'émulsion d'une plaque émerge, avec une excellente définition, un aperçu d'un paysage qui rappelle la vie quotidienne d'une lointaine période vénitienne.

C'est ce qui s'est passé lorsque le négatif d'une vue vénitienne familière, le tronçon de la Strada Nuova où se trouve aujourd'hui l'entrée du Centre culturel européen, a refait surface à l'intérieur d'une ancienne boîte d'assiettes consacrée aux œuvres d'art de l'antiquaire vénitien Minerbi. La photo de 1928 de Giacomelli représente clairement la porte d'entrée du Palazzo Mora, l'ancienne demeure de l'antiquaire Minerbi, mais surtout le mur situé à sa gauche, démoli il y a de nombreuses années mais qui, dans les années 1920, offrait aux Vénitiens les informations sur les programmes des théâtres et des cinémas de la ville. C’est ainsi que, à travers l'émulsion intacte d'une vieille plaque, on peut s'immerger dans un horizon lointain et varié de productions et d'artistes.

L'histoire de la Fête de Saint-Martin et les traditions populaires d'une ancienne fête vénitienne

Venise, 9 novembre 2021 - L'odeur des châtaignes grillées et du vin, et la rumeur des louches en bois qui frappent sur les couvercles de casseroles délabrés faisant office de tambours. Dans cette période les vitrines des meilleures pâtisseries et boulangeries vénitiennes affichent des friandises colorées pour la Saint-Martin : il s’agit des biscuits brisés, avec la forme du Saint sur un cheval et tenant une épée, de différentes tailles, glacés et décorés avec de bonbons, de monnaie en chocolat et des boules d'argent typiques appelées spaccadenti (en français : casse-dents). On peut aussi voir des groupes d'enfants avec des couronnes en papier sur la tête déambulent dans les calli vénitiennes en chantant à tue-tête la comptine de la Saint-Martin. C'est ainsi que le 11 novembre Venise célèbre la Fête de Saint Martin, avec ses calli envahies par le bruit et les voix joyeuses des enfants qui, en échange de la chanson, demandent aux commerçants quelques bonbons ou une pièce de monnaie.

Dans la ville, la coutume de fêter le Saint est liée à la présence de l'église dédiée à Saint Martin de Tours dans le sestiere du Castello, près de l'Arsenal. On ne sait pas exactement quand l'église a été fondée : certains pensent qu'elle a été construite au huitième siècle par des familles Lombardes qui ont fui leur ville natale ; par contre, la tradition fait remonter le bâtiment religieux aux sixième et septième siècle. Ce qui est certain, c'est que la dévotion au Saint trouve son origine dans le fait que l'église détenait quelques reliques du chevalier converti, dont un morceau de tunique, une phalange et un tibia. Cette dernière fut ensuite donnée à la Scuola Grande di San Giovanni Evangelista en échange d'une somme d'argent pour restaurer l'église, mais les reliques devaient être ramenées chaque 11 novembre dans une longue procession à travers Venise, de la Scuola di San Giovanni à l'église de Saint Martin. Le Saint est également présent dans certains éléments extérieurs de l'église : au sommet du tympan se trouvent les statues de Saint Martin l'évêque et de saint Martin le pape, tandis qu'à droite se trouve un bas-relief du quinzième siècle représentant Saint Martin donnant son manteau aux pauvres.

La célébration de la Saint-Martin est liée à une ancienne légende impliquant un chevalier, Martin de Tours, qui s'est converti au christianisme. Un jour de novembre froid et pluvieux le chevalier a trouvé sur la route un pauvre homme couvert de haillons et grelottant de froid ; n'ayant pas d'argent et ne sachant pas comment l'aider, Martin a coupé son manteau en deux et l'a donnée au mendiant pour qu'il se réchauffe. Après ce geste charitable, le ciel s'est éclairci, la pluie a cessé et le soleil est apparu, réchauffant l'air comme si c'était l'été : d’ici vient le nom "été de la Saint-Martin", qui évoque les belles journées chaudes et ensoleillées de novembre. Cette nuit-là, le chevalier a fait un rêve et a reconnu Jésus dans le mendiant ; à son réveil, il a retrouvé son manteau intact. Martin est mort le 8 novembre 397 et ses funérailles ont été célébrées le 11 novembre, une date qui marque symboliquement la moitié du voyage intérieur qui accompagne chaque chrétien jusqu'à Noël, tandis que, dans la tradition régionale italienne, l'occasion se transforme en fête populaire.

C'est ainsi que dans la ville de Venise, et depuis quelques années dans tous les autres territoires de la province, on prépare le gâteau de Saint-Martin, une invention des boulangers vénitiens qui ne manque jamais sur les tables des habitants. Autrefois, la forme du biscuit était plus petite, avec une pâte brisée plus croquante que celle d'aujourd'hui et avec une couche de chocolat ; aujourd'hui, en revanche, il a une pâte brisée très friable enrichie de nombreuses décorations : de la glace royale aux chocolats, des dragées colorées aux bonbons de toutes les consistances et couleurs.

Contrairement au centre historique et aux îles, de nombreuses zones de la municipalité de Venise célèbrent la Saint-Martin comme ce que l'on appellait le "nouvel an paysan" : en mangeant des châtaignes et du vin dans les rues, on se souvient d’une époque où on terminait la récolte et où les gens se reposaient de leur dur labeur sur la terre. Dans le monde agricole, en effet, en cette période la Fête de Saint Martin est liée à la tradition de soutirer le vin nouveau de l'année, d'où le dicton italien “A San Martino ogni mosto diventa vino” (en français : “À la Saint-Martin, tous les moûts deviennent vin”).

 

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L'histoire des bussolai de Burano, de la tradition familiale au patrimoine collectif

Venise, 20 octobre 2021 - Le réveil à l'aube, les grains de farine dans l'air, l'odeur du beurre fondu, la chaleur des fours allumés. Entrer dans la pâtisserie historique de Carmelina Palmisano à Burano signifie entrer dans un monde fait de traditions anciennes, de passion et, surtout, de liens familiaux. Giorgio Senigallia, le mari de Carmelina, propriétaire de l'entreprise et pâtissier depuis l'âge de dix ans, le sait bien : c'est ici qu'un garçon qui devait apprendre un métier est devenu un homme, un pâtissier, un mari et un expert en bussolai.

"Autrefois, c'était comme ça, quand on finissait l'école, on allait travailler pour apprendre un métier", raconte le pâtissier Giorgio Senigallia, "Tommaso Palmisano, qui deviendra plus tard mon beau-père, m'a tout appris. J'ai d'abord appris à être boulanger, puis pâtissier, et aujourd'hui, à 82 ans, je suis toujours là".

Aujourd'hui, la tradition de ces biscuits brisés, qui font partie des 1600 ans d'histoire de Venise, s'est répandue au-delà de l’île de Burano dans plusieurs pays du monde. Mais tout a commencé il y a plus de 90 ans, avec deux frères qui aimaient humer l'odeur du pain et des biscuits, mettre les mains dans la pâte et voir les yeux des gens briller lorsqu'ils goûtaient l'une de leurs créations.

C'est au cours des années 1920 qu'une famille originaire de la Basilicate s'est installée d'abord à Caorle, puis à Burano. Différences culturelles et d’habitudes, du sud de l'Italie à une île traversée par de petits canaux et aux maisons colorées : il y avait beaucoup de nouvelles choses auxquelles il fallait s'habituer, mais l'amour pour le pain et pour les gâteaux est quelque chose d'universel, unissant les gens par le simple arôme de la vanille ou le parfum d'une miche de pain fraîche. C'est ainsi que deux frères, avec le sud de l'Italie dans le sang mais qui ont grandi parmi les pêcheurs d'une petite île de la lagune vénitienne, ont choisi en 1926 de fonder deux boulangeries, qui sont ensuite devenues les pâtisseries historiques toujours présentes dans la ville et qui ont contribué à la diffusion de la tradition pâtissière des bussolai, qui restent l'un des symboles de Venise dans le monde.

Autrefois gâteaux typiques d'une seule période de l'année, ces biscuits sont aujourd'hui fabriqués quotidiennement et ils se trouvent sur les étagères de presque tous les magasins vénitiens et de la région. Qu'ils soient ronds ou en forme de "S", simples comme le veut la tradition ou fourrés, comme c'est la coutume aujourd'hui, les bussolaiplaisent à tous et apportent la saveur de Venise partout dans le monde.

"La production des bussolai telle que nous la connaissons aujourd'hui a commencé après la guerre, avec l'avènement du tourisme", souligne Giorgio Senigallia, "mais il s'agissait de gâteaux que toutes les familles de Burano préparaient une fois par an, dans les jours précédant Pâques, puis, une fois préparés, ces biscuits étaient portés dans l'une des quatre boulangeries de la ville pour être cuits dans les fours, puis ils étaient stockés et consommés le dimanche de Pâques".

La tradition veut que le bussolà soit rond, tandis que la variante en forme de "S", la plus célèbre aujourd'hui, est apparue plus tard. La taille peut varier, mais la recette originale de ces biscuits a restée inchangée. La base est simple, elle commence par une pâte brisée très grasse avec beaucoup de beurre, des jaunes d'œufs, du sucre, de la farine et un peu d'arôme de vanille.

Sur un kilo de farine, il y a 12 jaunes d'œufs, 6 cent grammes de sucre et 3 cent grammes de beurre. Le mélange est pétri sans eau ni rien d'autre, à sec. Ensuite, une fois qu'il est bien mélangé, les petits morceaux de pâte sont roulés et réunis pour former un cercle, si l'on veut faire un bussolà rond, ou déformés jusqu'à prendre la forme d'une "S" pour cette autre variante de biscuit. 

"Ici à Burano nous continuons à tout fabriquer à la main, comme dans le passé, et nous fabriquons des bussolaiplus grandes. Mais pour répondre aux besoins de la grande distribution, nous avons dû utiliser de machines, et c'est pour cette raison que nous avons créé à Jesolo un laboratoire de confiserie qui s'en occupe et où ma fille perpétue le métier".

D'une tradition typiquement pascale, ce biscuit à la vanille est devenu une habitude quotidienne, avec le même goût ancien et la même consistance parfumée qui laissent dans la bouche le goût de Burano et de son histoire.

 

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L'art de la dentelle à l'aiguille de Burano : un travail de partage patient, méticuleux et inestimable

Venise, 15 octobre 2021 - Des mains prêtes à se mettre au travail, une petite chaise en bois avec un repose-pied, des lunettes, des outils du métier et des années d'expérience dans l'esprit, dans les yeux et dans les mains. C'est ainsi que les maîtresses dentellières de Burano se préparent à passer un autre après-midi en compagnie d'une aiguille, d'un fil, de leur cuscinello personnalisé (un coussin cylindrique rembourré), d’un morello (un cylindre en bois) et de carta paglia, pour réaliser une autre œuvre d'art, un autre morceau d'histoire italienne. Entre une bavarde et l’autre, elles interagissent avec quiconque s'approche pour découvrir les secrets de leur métier, et se taquinent l’une l’autre : "c'est elle la plus bavarde", "c'est elle la meilleure". Elles se connaissent depuis toujours et continuent, à plus de 80 ans, à avoir cette même lumière dans les yeux qu’elles avaient quand elles étaient petites, les grands-mères leur mettant pour la première fois dans les mains une aiguille très fine et du fil de coton blanc.

L'amour des maîtresses dentellières de Burano pour leur métier se perçoit à l’instant : il transparaît dans les mouvements, les silences, la concentration, les yeux rougis, le fait qu'elles ne détournent jamais les yeux de leur travail, l'habileté de leurs mains qui savent par cœur comment elles doivent s'entrelacer pour créer, à partir d'un dessin sur papier, une œuvre d'art très précise et indestructible. Il se perçoit aussi par le fait qu'elles sont toujours assises à l'intérieur de ce qui était autrefois la florissante École dentellière de Burano, aujourd'hui un musée, pour perpétuer une tradition qui dans le passé a connu sa gloire, mais qui aujourd'hui risque de disparaître.

Elles ne sont plus que six à Burano à connaître tous les secrets de la dentelle, et deux d'entre elles sont Mary Costantini et Romana Memo : à l'occasion du 1600ème anniversaire de la fondation de la ville de Venise, elles ont décidé de raconter leur travail. Aujourd'hui comme hier, elles sont unies par la même passion pour un métier apparemment solitaire, mais en réalité fondé sur le partage du temps, de l'espace et de l'amour pour ce qu'on fait. Le travail des dentellières est individuel, mais il se fait tous ensemble, assises devant la maison avec les voisines, les grands-mères, les mères et les petits-enfants, comme autrefois, ou assises entre amies dans une salle, côte à côte, discutant, se souvenant et échangeant des fils de coton blanc. 

"Je fais ce métier depuis l'âge de six ans", explique Mary Costantini, maîtresse dentellière de Burano, "Au début, faire la dentelle était un passe-temps, mais il s’agit d’un travail très particulier, et donc il faut aimer ça. Ma mère voulait que j'apprenne la broderie, mais je n'ai jamais aimé être couturière ou broder, je suis vraiment mauvaise dans ce domaine. Avec la dentelle, par contre, c'est toute autre histoire : je peux commencer à travailler le matin et il peut même faire nuit et je ne m'en aperçois pas. La dentelle était ma voie, et je peux dire que le temps m'a donné raison". 

Il y a sept étapes dans la création de la dentelle de Burano. On part toujours d’un dessin, entièrement délimité par la faufilure (dite orditura) ; d’ici on élabore la première phase du travail, c’est-à-dire le motif décoratif (appellé ghipùr). Puis il y a le point de Venise, constitué par un entrelacement des fils qui prend la forme des barrettes, et le point de Burano (qui se distingue du point de Venise par son fond, constitué d’une résille à minuscules mailles rectangulaires). On termine avec les reliefs et le point de feston (dit aussi punto cappa con picò). 

Dans le passé, chaque dentellière de l'École de Burano était responsable d'une seule partie du travail. Il y avait donc sept spécialisations : les dessinatrices, celles qui faufilaient le travail, celles qui faisaient le ghipùr, celles qui ne faisaient que le point de Venise, celles qui travaillaient exclusivement au point de Burano, les maîtresses du relief et celles qui faisaient le point de feston final. Bien que théoriquement elles sachent tous tout faire, elles se sont tous concentrées sur un seul point car en faisant le même travail, elles ont acquis rapidité et perfection, deux éléments fondamentaux qui ont fait de cet objet textile provenant d'une petite île de la lagune vénitienne l'un des produits artisanaux italiens les plus appréciés au monde. 

"Au premier regard tout se ressemble", commente Mary en racontant l'histoire de l'École dentellière où elle et ses amies ont étudié, "mais chaque point a sa propre façon de tirer le fil, de le rendre plus souple. Autrefois il y avait beaucoup de travail et chaque personne qui étudiait à l'École se spécialisait dans un point. J'ai toujours aimé faire le premier point, la base du travail, ce que nous appelons le ghipùr et c'était mon travail. Aujourd'hui, je fais tout, du début à la fin de la dentelle, mais les temps ont changé".

La dentelle de Burano est traditionnellement fabriquée exclusivement avec du fil de coton blanc, car il est le meilleur matériau pour réaliser ce travail, étant à la fois très résistant et souple. Le choix du blanc, outre le côté esthétique, est toujours fait pour la même raison, c’est-à-dire parce que cette couleur maintient la structure du fil solide par rapport à celle d'un fil coloré, et fait en sorte que la dentelle de Burano, une fois terminée, devienne un objet durable qui peut également subir des lavages sans jamais être endommagé ou cassé. 

Mary et Romana, les maîtresses dentellières, nous racontent : "La nouveauté de ces dernières années en matière de dentelle est l'introduction de fils de couleur, même s'ils ont tendance à s'effilocher et à se casser. Nous travaillons avec beaucoup de petits nœuds, et la qualité du fil est donc très importante pour nous. En ce qui nous concerne, nous n'utilisons pratiquement jamais de fil de couleur, même si c'est à la mode depuis quelque temps, mais les différences avec le travail traditionnel au fil de coton blanc sont remarquables".

Ceux qui veulent les regarder travailler ou leur demander une leçon de point de Venise peuvent les trouver au premier étage du Musée de la Dentelle de Burano, assises sur les mêmes bancs en bois où on les voyait, enfants, prendre leurs premières leçons dans la plus célèbre école professionnelle de dentelle à l'aiguille du monde. Elles viennent deux par deux, l'après-midi, s'assoient, travaillent et restent à la disposition de tous ceux qui décident de consacrer un moment de leur temps à la mémoire d'un métier très précieux. 

Méticulosité, patience, précision, une technique ancienne transmise de main en main et inchangée jusqu'à aujourd'hui : ce sont les ingrédients de la dentelle à l'aiguille de Burano, un produit qui, une fois terminé, devient indestructible. Les vêtements se cassent, tout comme le tissu, les broderies s'abîment, les fils de couleur s'amincissent, mais la dentelle de Burano reste à jamais et c'est là que réside le charme de cet artisanat qui risque de disparaître mais qui est capable de laisser, à travers un objet apparemment fragile mais très fort, une marque sur le temps et l'histoire.

 

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4 novembre 1966 : il y a 55 ans, l'inondation qui a dévasté Venise, atteignant 194 cm sur le niveau moyen de la mer

Venise, 4 novembre 2021 - 55 ans ont passé mais le souvenir est toujours intact et la blessure toujours ouverte. Le 4 novembre 1966, Venise a été presque entièrement submergée par les eaux de la mer Adriatique en tempête. Cette journée a été caractérisée par des conditions météorologiques exceptionnelles qui ont provoqué d'immenses dégâts civils et hydrogéologiques dans toute l'Italie, de la dévastation des montagnes à la crue de l'Arno à Florence. L'eau était si haute qu'il n'y a aucun souvenir d'un précédent épisode de dimensions similaires : il s’agissait de 194 centimètres au-dessus du niveau moyen de la mer. Bien qu'elle reste gravée dans la mémoire des Vénitiens, même la crue plus récente du 12 novembre 2019 n'a pas atteint une telle hauteur, et les événements de 1966 ne se sont pas répétés grâce à 7 centimètres de différence.

Le centre historique a commencé à être crue par l’eau dès le 3 novembre à 22 heures : selon les règles astronomiques, la marée devait descendre à 5 heures du matin le lendemain et remonter six heures plus tard. Mais cela ne s'est pas produit. La lagune n'a pas pu drainer l'eau, qui n'est descendue que de quelques centimètres ; donc Venise et les îles sont restées inondées et, vers midi, la marée a encore gonflé. Les téléphones, l'électricité et le gaz dans les maisons ont été coupés. Les bottes auxquelles les Vénitiens étaient habitués ne suffisaient plus, les gens ne pouvaient plus marcher dessus et les rez-de-chaussée disparaissent sous les eaux glacées de la mer et de la lagune.

Six heures plus tard, à 18 heures, Venise a dû de nouveau faire face à l'épreuve : une fois de plus, au lieu de descendre, la marée a commencé à remonter, bouleversant toutes les règles et traditions. Dans l'obscurité totale, dans un silence assourdissant interrompu seulement par le bruit de la tempête, Venise et les îles ont été dévastées. L'île de Sant'Erasmo, située en face du Lido, a disparu sous des vagues atteignant 4 mètres de haut. Les îles de Murano, Burano et Torcello ont subi le même sort, tandis qu'au Lido et à Pellestrina, les dégâts ont été encore plus importants avec la destruction des Murazzi (l'imposante digue en pierre d'Istrie conçue en 1716 pour défendre les rives de la lagune contre l'érosion marine), dont l'effondrement a contribué à l'inondation du centre historique.

Et donc l’équilibre qui avait duré 1 600 ans a été interrompu à ce moment-là, dans le désespoir des habitants, incapables de faire face à quelque chose de plus grand qu'eux.

Après 24 heures de domination, ce n'est que vers 21 heures que, contre toute attente, les eaux ont commencé à se retirer. Tout comme elle s'était levée, la marée a quitté la ville, ne laissant derrière elle que dévastation et saleté.

Les sorcières de Venise, entre filtres magiques, légendes et tortures : histoires de femmes bannies par la Sérénissime

Venise, 29 octobre 2021 - Formules magiques, sang des condamnés, philtres d'amour. Une poignée de fèves et une prière à la Vierge Marie pour savoir si le bien-aimé était fidèle ou pas, un verre d'eau éclairé par une bougie, la chiromancie. Des sorcières, des guérisseuses et des devineresses selon le Tribunal de l'Inquisition ; le plus souvent seulement des femmes analphabètes, plagiées et soumises à de terribles tortures, comme le fouet, la coupure des oreilles, ou au bannissement de la ville et à la flagellation publique. Mais à Venise, qui a toujours montré une attitude différente, jamais soumise à l'Église, elles n'ont jamais été condamnées au bûcher. À l’occasion de la nuit la plus effrayante de l'année, la fameuse nuit d'Halloween, les histoires et les visages des sorcières vénitiennes resurgissent des archives de l'État. Des histoires de "stregizzi" (en français : enchantements), de sabbats, de réunions de sorcières et de sorciers, d'esprits emprisonnés, de magie sexuelle, de rituels et même de légendes transmises à travers les siècles par la Sérénissime République, qui cette année célèbre le 1600ème anniversaire de sa fondation. Pas “Des bonbons ou un sort”, mais de vraies femmes qui pratiquaient la magie occulte en cachette. Il suffit de dire qu'au seizième siècle, il y a eu environ 1600 procès dans la ville pour "strigaria, maleficio, arte magica e superstizione" (en français : sorcellerie, malédictions, art magique et superstition). Les sorcières étaient jugées par le Tribunal de l'Inquisition, qui avait son siège en place Saint-Marc, tandis que les punitions et les tortures étaient infligées publiquement entre les deux colonnes de Saint-Marc. Comme l'explique Manuel Meneghel, guide touristique à Venise, la plupart d'entre elles étaient des prostituées ou des courtisanes, qui faisaient principalement des potions d'amour.

“Le Ghetto, dans le sestiere de Cannaregio, a joué un rôle important dans la diffusion de textes de magie noire, comme le Clavicola Salomonis", explique Meneghel, "et les documents de l'Inquisition nous permettent de localiser les maisons de ces femmes accusées d'être des sorcières : nous connaissons leurs noms et les raisons pour lesquelles elles ont été mis en procès". Parmi elles se trouve Emilia Catena, une courtisane et sorcière accusée d'avoir pratiqué des rites de nécromancie sur le cadavre d'un bébé. Elle a nié, mais a admis l'avoir fait sur un chat et a été expulsée de la ville. En outre, au cours des années 1580, Emilia a investi une partie de ses revenus dans l'achat de terres et de champs dans le territoire vénitien et est devenue ainsi une entrepreneuse agricole, une figure rare dans la Venise du seizième siècle. Veronica Franco elle-même a été jugée pour sorcellerie mais a été acquittée”.

Parfois, cependant, ce sont des femmes qui restent dans l'ombre, comme Giovanna Semolina, la sorcière "de quartier" contactée par les épouses pour éloigner leurs maris des courtisanes. Les documents montrent que Giovanna a prescrit un lazzaro puzzolente : une préparation à base d'excréments de chat, de graisse de loup et de terre recueillie entre les deux colonnes de Saint-Marc, lieu où on exécutait les condamnés à mort et donc, étant trempé de leur sang, cru d’avoir des pouvoirs magiques. Ce cataplasme était utilisé pour graisser les portes de la maison de la courtisane victime du maléfice, et on demandait au diable que l'odeur envahisse toute la maison et la courtisane elle-même, afin que le mari ne puisse plus l'approcher et trahir sa femme. "Cela a été porté à notre attention", explique Meneghel, "parce qu'un mari a dénoncé la sorcière Semolina, et sa femme aussi a eu des problèmes parce qu'elle utilisait ces méthodes". Les documents révèlent également l'histoire d'une Venise "intime" qui n'est pratiquement jamais exposée. “Par exemple, la sorcière du quinzième siècle Graziosa a été condamnée pour avoir fait tomber amoureux d'elle un noble Contarini au moyen d'une potion d'amour", raconte-t-il, "dans cette façon, nous apprenons les pratiques de magie érotique auxquelles ils s'adonnaient à l'époque, avec des potions d'amour contenant des parties de poussière de nombril". Mais les témoignages de sorcières proviennent aussi de Giacomo Casanova lui-même, qui a admis d’être le protagoniste d’une série de pratiques de magie sexuelle.

Le monde de la sorcellerie est également lié aux légendes vénitiennes qui se transmettent depuis des siècles. "On raconte qu’il y avait une embarcation de sept sorcières qui partait toutes les nuits pour le sabbat", nous explique Meneghel, "Une fois un voisin curieux a décidé de se cacher à l'intérieur du bateau : au moment où les sorcières sont arrivées et ont prononcé la phrase magique "via per sette" (en français : en route tous les sept), le bateau n'est pas parti car il y avait huit personnes à bord. Ne sachant pasde l’invité, elles se sont demandé pourquoi la phrase magique ne fonctionnait pas et, supposant que l'une d'entre elles était peut-être enceinte, elles ont dit "en route tous les huit" : l’embarcation est donc partie, se perdant dans le brouillard vénitien jusqu'à Alexandrie, où se tenait le sabbat. A son retour, notre mystérieux passager a ramené de son voyage une brindille d’un palmier-dattier, ce qui lui a permis de tenter l'aventure". Mais la présence des fameux "Maures", dans le camp du même nom, est également liée à une légende de sorcellerie. En effet, on dit que les Maures étaient des marchands qui ont été transformés en pierre par une vieille femme trompée sur la valeur de certains tissus. Les marchands auraient été touchés par sa malédiction par l'intercession de Marie-Madeleine. “Il y a des documents judiciaires", explique Meneghel, "avec des listes d’enchantements qui nous preuvent que les sorcières ne demandaient pas seulement l'intercession des esprits pour faire de la magie, mais aussi celle des saints". Et la magie est souvent liée à l'île de Murano

Le sestiere de Dorsoduro a également une histoire mystérieuse, avec la légende du "réveil" de Calle de la Toletta : en effet, on raconte que ce vieux réveil, qui est encore suspendu aujourd'hui, marquait le moment où une sorcière qui vivait dans le quartier exécutait des enchantements. À la mort de la femme, la maison a été fermée et abandonnée car on disait qu'elle était hantée par des fantômes et que des bruits et phénomènes étranges apparaissaient continuellement. La légende veut aussi qu'un barbier, qui travaillait dans la rue, ait demandé à quelqu'un d'accrocher un réveil sur le bâtiment pour le contrarier, et dès ce moment-là, les événements inexpliqués ont cessé de déranger les habitants. Retiré après de nombreuses années, les phénomènes de magie noire sont revenus et n'ont cessé que lorsqu'un autre réveil a été placé dans le bâtiment.

 

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Novara célèbre les 1600 ans de Venise avec l’exposition "Il mito di Venezia. Da Hayez alla Biennale"

Venise, 29 octobre 2021 - Quatre-vingts œuvres exposées dans huit salles du Castello Visconteo de Novara pour raconter le mythe de Venise et plonger les visiteurs dans l'atmosphère magique de la ville lagunaire. Un parcours expositif qui présente les œuvres de certains des plus grands maîtres qui ont travaillé à Venise au cours des premières décennies du dix-neivième siècle, influençant, par leur enseignement et leurs œuvres, l'évolution de la peinture vénitienne dans la seconde moitié du siècle. Du 30 octobre 2021 au 13 mars 2022, Mets Percorsi d'arte, la Fondazione Castello et la municipalité de Novara célébreront le 1600ème anniversaire de Venise à travers l'exposition "Il mito di Venezia. Da Hayez alla Biennale" (en français : "Le mythe de Venise. De Hayez à la Biennale"), une sélection des œuvres les plus importantes – et souvent jamais vues auparavant parce qu'elles proviennent de collections privées – des artistes italiens les plus célèbres de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. C'est l'occasion de retracer les phases saillantes de l'art à Venise, du romantisme à la naissance, en 1893, de la Biennale d'art qui, à partir de cette date, a projeté la ville vers un scénario international avec une confrontation constante et fructueuse entre les artistes italiens et étrangers. 

Sont exposées cinq toiles importantes de Francesco Hayez (1791-1882) - dont "Vénus jouant avec deux colombes" et "Portrait d'une dame" - ainsi que d’autres artistes qui ont contribué à la transformation du genre de la vue en celui du paysage : comme Ippolito Caffi (1809-1866) avec deux splendides vues vénitiennes ("Festa notturna a San Pietro di Castello" et "Venezia Palazzo Ducale"), mais aussi Giuseppe Canella (1788-1847), Federico Moja (1802-1885) et Domenico Bresolin (1813-1899), ce dernier étant l'un des tout premiers à s'intéresser à la photographie et figurant déjà parmi les membres de l'Académie en 1854 comme "peintre paysagiste et photographe". À partir de 1864, Bresolin occupe la chaire de peinture de paysage et est le premier à emmener ses jeunes élèves peindre en plein air, aussi bien dans la lagune qu'à l'intérieur des terres, afin qu'ils puissent étudier les effets de la lumière et comparer leur rendu de la réalité dans un environnement nouveau et stimulant, différent de celui auquel ils étaient habitués et, de plus, codifié par les grands paysagistes du passé. 

En outre, comme dans une sorte de petite exposition monographique, douze œuvres de l'un des paysagistes vénitiens les plus talentueux et les plus appréciés, Guglielmo Ciardi, seront exposées, des toiles qui - à partir des années 1860 - documentent l'évolution de sa peinture jusqu'au début des années 1890. Une salle sera entièrement consacrée à Luigi Nono et proposera un focus sur l'une des œuvres les plus célèbres du peintre, le "Refugium peccatorum", ainsi que des études, des dessins et d'autres œuvres significatives de comparaison, comme "Le due madri".

Il ne manquera pas de toiles reflétant le renouvellement et le changement de goût induit dans la peinture vénitienne par la comparaison directe avec la culture figurative des nombreux peintres étrangers qui ont participé aux Biennales internationales d'art, ainsi que des scènes de la vie quotidienne, des affections et de la famille, dédiées à la "peinture de la vérité".  

Pour toute information, veuillez consulter le site www.metsarte.com.

Livres, auteurs et débats littéraires raniment de nouveau Venise et célèbrent ses 1600 ans d'histoire

Venise, 28 octobre 2021 - Vingt-six écrivains de quatorze pays différents, des pages de livres feuilletées, des auteurs comparés et des échanges de regards et de mots. Il s'agit d'Incroci di Civiltà, le festival international de littérature, conçu et organisé par l'université Ca' Foscari de Venise, qui se déroule du 3 au 6 novembre à Venise et qui, cette année, aura lieu pendant les célébrations du 1600ème anniversaire de la naissance de la ville.

Après une année d'absence forcée, Incroci di civiltà est de retour avec une édition "en présence", permettant au public vénitien et aux étudiants d'entendre la voix des auteurs, de les voir en personne et de pouvoir discuter avec eux pendant la signature des livres. Et donc, la manifestation arrive à sa quatorzième édition, malgré la situation de prudence imposée par la pandémie.

Pendant quatre jours, Venise devient un carrefour d'histoires, d'opinions et de cultures du monde entier : Allemagne, Italie, Inde, Pays-Bas, France, États-Unis, Serbie, Turquie, Chine, Afghanistan, République du Congo, Argentine et Haïti.

Parmi les auteurs présents figurent l'écrivain et universitaire congolais Wilfrid N'Sondé, les auteurs néerlandais Jan Brokken et H.M. van den Brink, la Canadienne d'origine istrienne Caterina Edwards et l'écrivaine et scénariste chinoise Geling Yan. Protagonistes du grand final à l'Auditorium Santa Margherita seront l'Argentin Rodrigo Fresan, l'Américaine Heddi Goodrich, Tiziano Scarpa et Vinicio Capossela.

Le premier rendez-vous est avec Nicole Krauss, l'écrivaine new-yorkaise et globe-trotter, qui ouvrira le festival à la Scuola Grande di San Rocco le 3 novembre à 18 heures. À partir du 4 novembre, l'événement entre dans le vif avec un calendrier chargé d'événements dans des lieux exclusifs de Venise.

Comme le veut la tradition, l'édition de cette année réunira à nouveau des auteurs renommés et des écrivains en devenir, dans une succession de présentations, de débats et de réflexions dont la protagoniste sera la littérature dans toutes les langues du monde.

L'édition 2021 (réalisée en collaboration avec la Fondazione di Venezia, la municipalité de Venise avec le partenariat de Francesca Bortolotto Possati, Eni, Fondazione Musei Civici et Marsilio) aura aussi un autre événement important : le dimanche 7 novembre à 11h30 à la Fondazione Giorgio Cini, Auditorium Lo Squero, un hommage sera rendu au Carnaval de Maurizio Scaparro (sous la direction de Maria Ida Biggi et Piermario Vescovo, avec la participation de Roberto Bianchin).

Tous les événements d'Incroci sont gratuits avec réservation obligatoire en ligne sur www.incrocidicivilta.org à partir du 21 octobre. Pour participer, on devra présenter son propre pass sanitaire en cours de validité.

Pour le calendrier du festival, veuillez consulter le site Incroci di civiltà.

 

Milite ignoto : il y a un siècle, le corps d’un soldat inconnu a voyagé en train en passant par les gares de Venise et de Mestre

Venise, 28 octobre 2021 - Un train qui reste dans la mémoire collective, un voyage sans retour, un cercueil portant le corps sans nom d'un jeune soldat tombé à la guerre. Un Chemin de Croix de 120 stations, d'Aquilée à Rome, traversant les régions à vitesse très réduite pour permettre aux milliers de personnes se trouvant sur les voies d'enlever leur chapeau en signe de respect, de s'agenouiller, de jeter une fleur et de verser une larme. Il s'agissait d'un voyage symbolique en hommage aux 650 000 personnes mortes sur les champs de bataille et aux nombreux corps disparus dont les épouses, les mères et les pères n'ont jamais pu leur offrir une sépulture.

Cent ans ont passé, mais le souvenir est encore vif. Le 29 octobre 1921, à 8 heures du matin, le convoi est parti de la gare d'Aquilée pour transporter le corps du "Milite Ignoto" (en français : Soldat Inconnu) à Rome en cinq jours, avec des escales à Venise et à Mestre. Un voyage émouvant, capable d'unir l'Italie dans sa douleur, pour rendre hommage à un jeune homme qui, depuis cent ans, est devenu le symbole du sacrifice pour l'amour de la patrie. Un voyage qui se concentre également sur Maria Bergamas, une femme de Trieste choisie comme mère symbolique de la douleur de toutes les mères italiennes dont le fils avait déserté l'armée autrichienne pour combattre dans l'armée italienne : elle a été confiée la tâche de choisir le corps à enterrer parmi les onze sélectionnés dans toutes les zones où les combats ont eu lieu.

Le cercueil en chêne, transporté dans un wagon spécialement conçu par l'architecte Guido Cirilli, est arrivé à Rome le 4 novembre 1921 et est enterré dans le sacellum de l'Altare della Patria, qui représente encore aujourd'hui la synthèse suprême de tous les cimetières militaires disséminés le long des lignes de front. Le Soldat Inconnu a reçu la médaille d'or pour la raison suivante : "Fils digne d'une lignée vaillante et d'une civilisation millénaire, il a résisté inflexiblement dans les tranchées les plus disputées, prodigué son courage dans les batailles les plus sanglantes et est tombé au combat sans autre récompense que la victoire et la grandeur de son pays".

Depuis 1919, le 4 novembre est une fête nationale en mémoire des nombreux soldats italiens qui ont perdu la vie sur le front pour la liberté de leur pays.  

Les sorcières de Venise, entre filtres magiques, lé-gendes et tortures : histoires de femmes bannies par la Sérénissime

Venise, 29 octobre 2021 - Formules magiques, sang des condamnés, philtres d'amour. Une poignée de fèves et une prière à la Vierge Marie pour savoir si le bien-aimé était fidèle ou pas, un verre d'eau éclairé par une bougie, la chiromancie. Des sorcières, des guérisseuses et des devineresses selon le Tribunal de l'Inquisition ; le plus souvent seulement des femmes analphabètes, plagiées et soumises à de terribles tortures, comme le fouet, la coupure des oreilles, ou au bannissement de la ville et à la flagellation publique. Mais à Venise, qui a toujours montré une attitude différente, jamais soumise à l'Église, elles n'ont jamais été condamnées au bûcher. À l’occasion de la nuit la plus effrayante de l'année, la fameuse nuit d'Halloween, les histoires et les visages des sorcières vénitiennes resurgissent des archives de l'État. Des histoires de "stregizzi" (en français : enchantements), de sabbats, de réunions de sorcières et de sorciers, d'esprits emprisonnés, de magie sexuelle, de rituels et même de légendes transmises à travers les siècles par la Sérénissime République, qui cette année célèbre le 1600ème anniversaire de sa fondation. Pas “Des bonbons ou un sort”, mais de vraies femmes qui pratiquaient la magie occulte en cachette. Il suffit de dire qu'au seizième siècle, il y a eu environ 1600 procès dans la ville pour "strigaria, maleficio, arte magica e superstizione" (en français : sorcellerie, malédictions, art magique et superstition). Les sorcières étaient jugées par le Tribunal de l'Inquisition, qui avait son siège en place Saint-Marc, tandis que les punitions et les tortures étaient infligées publiquement entre les deux colonnes de Saint-Marc. Comme l'explique Manuel Meneghel, guide touristique à Venise, la plupart d'entre elles étaient des prostituées ou des courtisanes, qui faisaient principalement des potions d'amour.

“Le Ghetto, dans le sestiere de Cannaregio, a joué un rôle important dans la diffusion de textes de magie noire, comme le Clavicola Salomonis", explique Meneghel, "et les documents de l'Inquisition nous permettent de localiser les maisons de ces femmes accusées d'être des sorcières : nous connaissons leurs noms et les raisons pour lesquelles elles ont été mis en procès". Parmi elles se trouve Emilia Catena, une courtisane et sorcière accusée d'avoir pratiqué des rites de nécromancie sur le cadavre d'un bébé. Elle a nié, mais a admis l'avoir fait sur un chat et a été expulsée de la ville. En outre, au cours des années 1580, Emilia a investi une partie de ses revenus dans l'achat de terres et de champs dans le territoire vénitien et est devenue ainsi une entrepreneuse agricole, une figure rare dans la Venise du seizième siècle. Veronica Franco elle-même a été jugée pour sorcellerie mais a été acquittée”.

Parfois, cependant, ce sont des femmes qui restent dans l'ombre, comme Giovanna Semolina, la sorcière "de quartier" contactée par les épouses pour éloigner leurs maris des courtisanes. Les documents montrent que Giovanna a prescrit un lazzaro puzzolente : une préparation à base d'excréments de chat, de graisse de loup et de terre recueillie entre les deux colonnes de Saint-Marc, lieu où on exécutait les condamnés à mort et donc, étant trempé de leur sang, cru d’avoir des pouvoirs magiques. Ce cataplasme était utilisé pour graisser les portes de la maison de la courtisane victime du maléfice, et on demandait au diable que l'odeur envahisse toute la maison et la courtisane elle-même, afin que le mari ne puisse plus l'approcher et trahir sa femme. "Cela a été porté à notre attention", explique Meneghel, "parce qu'un mari a dénoncé la sorcière Semolina, et sa femme aussi a eu des problèmes parce qu'elle utilisait ces méthodes". Les documents révèlent également l'histoire d'une Venise "intime" qui n'est pratiquement jamais exposée. “Par exemple, la sorcière du quinzième siècle Graziosa a été condamnée pour avoir fait tomber amoureux d'elle un noble Contarini au moyen d'une potion d'amour", raconte-t-il, "dans cette façon, nous apprenons les pratiques de magie érotique auxquelles ils s'adonnaient à l'époque, avec des potions d'amour contenant des parties de poussière de nombril". Mais les témoignages de sorcières proviennent aussi de Giacomo Casanova lui-même, qui a admis d’être le protagoniste d’une série de pratiques de magie sexuelle.

Le monde de la sorcellerie est également lié aux légendes vénitiennes qui se transmettent depuis des siècles. "On raconte qu’il y avait une embarcation de sept sorcières qui partait toutes les nuits pour le sabbat", nous explique Meneghel, "Une fois un voisin curieux a décidé de se cacher à l'intérieur du bateau : au moment où les sorcières sont arrivées et ont prononcé la phrase magique "via per sette" (en français : en route tous les sept), le bateau n'est pas parti car il y avait huit personnes à bord. Ne sachant pasde l’invité, elles se sont demandé pourquoi la phrase magique ne fonctionnait pas et, supposant que l'une d'entre elles était peut-être enceinte, elles ont dit "en route tous les huit" : l’embarcation est donc partie, se perdant dans le brouillard vénitien jusqu'à Alexandrie, où se tenait le sabbat. A son retour, notre mystérieux passager a ramené de son voyage une brindille d’un palmier-dattier, ce qui lui a permis de tenter l'aventure". Mais la présence des fameux "Maures", dans le camp du même nom, est également liée à une légende de sorcellerie. En effet, on dit que les Maures étaient des marchands qui ont été transformés en pierre par une vieille femme trompée sur la valeur de certains tissus. Les marchands auraient été touchés par sa malédiction par l'intercession de Marie-Madeleine. “Il y a des documents judiciaires", explique Meneghel, "avec des listes d’enchantements qui nous preuvent que les sorcières ne demandaient pas seulement l'intercession des esprits pour faire de la magie, mais aussi celle des saints". Et la magie est souvent liée à l'île de Murano.

Défilés et rendez-vous pour présenter les dernières tendances de la mode et célébrer l'anniversaire de Venise

Venise, 19 octobre 2021 - La mode, les couleurs et les tissus s'entremêlent et forment de nouveaux vêtements : toutes les nouvelles tendances seront les protagonistes de la Venice Fashion Week, l'événement vénitien dédié à l'artisanat et aux nouvelles créations. L'initiative, qui s'inscrit dans le cadre des célébrations du 1600ème anniversaire de Venise, rendra hommage au monde du design vestimentaire, à la créativité et à la ville de Venise avec événements, rencontres et défilés de mode organisés dans des lieux symboliques de la ville.

Jusqu'au 30 octobre, les campi, les anciens bâtiments et les halls des hôtels historiques vénitiens seront l’arrière-plan de la présentation en avant-première des nouvelles collections, avec un œil toujours ouvert sur l'avenir et l'innovation du style.

Le prochain événement, prévu le 20 octobre à 18 heures, verra le salon du Palazzo Sagredo transformé en un atelier créatif où la confection sur mesure rencontre des tissus innovateurs, où l'ancienne technique du plissage donne naissance à des robes en origami tridimensionnelles, où le design donne une nouvelle vie à des vêtements uniques et où des accessoires créatifs divertissent les divas de la Dolce Vita de Venise.

Le 21 octobre, également à 18 heures, l'atelier de menuiserie Lunardelli Venezia transformera un hôtel-boutique en un espace d'imagination, en racontant comment le bois parle de Venise dans le monde entier.

Le programme complet de la Venice Fashion Week peut être consulté sur le site https://www.venicefashionweek.com.

Cet événement a le but d'introduire de nouveaux talents dans le secteur et de promouvoir Venise comme un centre de production et de créativité où l'avenir de la mode peut être planifié. La Venice Fashion Week est un projet de Venezia da Vivere avec le patronage de la ville de Venise, en collaboration avec Tavolo Veneto della Moda, Associazione Piazza San Marco, Venice Photo Lab.

Tous les événements de l'initiative sont gratuits avec réservation obligatoire en envoyant une demande par courriel électronique à hello@veneziadavivere.com. Ils seront également signalés via les réseaux sociaux de @VeniceFashionWeekVeneziadavivere et IgersVenezia et sur les sites web de www.venicefashionweek.com

Cisame de pesse : d'un livre anonyme du quatorzième siècle la recette du plus vieux saor de l'histoire 

Venise, 11 octobre 2021 - “Toy lo pesse e frigello, toy zevolle e lessale un pocho e taiale menude, po’ frizelle ben, poy toli ace-to et aqua e mandole monde intrigi, et uva passa, e specie forte, e un pocho de miele, e fa bolire ogni cossa insema e meti sopra lo pesse” (en français : “prenez le poisson et le faites frire, puis prenez des oignons, faites-les bouillir un peu, puis coupez-les en fines tranches et faites-les frire, prenez ensuite du vinaigre, de l'eau, des amandes entières décortiquées, des raisins secs, un peu de miel et des épices fortes et faites bouillir le tout. Versez cette sauce sur le poisson frit“). C'est ainsi qu'un cuisinier anonyme écrivait au quatorzième siècle la recette du Cisame de pesse, qui n'est rien d'autre que l'ancêtre de ce que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de saor. Le livre est intitulé Anonimo veneziano : découvert par Ludovico Frati, gardien des manuscrits de la bibliothèque universitaire de Bologne, il a été publié pour la première fois en 1899. Au total, il y a plus de 130 recettes qui témoignent une cuisine vénitienne médiévale dont les épices sont l'ingrédient principal.

Anna Santini et Andrea Michelon, une sorte de professeurs-chef de l'Istituto Venezia, qui enseignent l'italien à travers la cuisine, le savent bien. Parce que c'est une façon de transmettre une cuisine traditionnelle qui conserve, dans chaque ingrédient, un morceau d'histoire quotidienne. Parce que derrière chaque recette se cache un patrimoine historique et artistique. Parce que de nombreux étudiants veulent découvrir l'essence, de l'originalité de Venise, à travers ses 1600 ans d'histoire.

Depuis le mois de septembre, les élèves de l’Istituto Venezia peuvent imaginer de s'asseoir à une table avec des personnages célèbres : le Doge Enrico Dandolo, la poétesse Veronica Franco, le libertin Giacomo Casanova ou la Vénitienne d'adoption Peggy Guggenheim. Dans ces rencontres, on parle de Venise et de son contexte historique, on cuisine et on dîne ensemble.

C'est précisément à l’époque du Doge Dandolo que s'insère l'Anonimo veneziano, parmi les plats parfumés qui souvient l'Orient et ses terres lointaines, les poulets, les bouillons, les savori, les herbe ou specie, le gingembre, la cannelle, l'agresto, les amandes et le lait d'amande, le poisson, le miel et bien d'autres choses encore.  

Parmi ceux-ci, Anna et Andrea choisissent souvent le plus ancien saor de l'histoire, le cisame de pesse, et le poulet ambroyno, un plat qui n'existe plus dans la cuisine vénitienne et qui comprenait des dattes, des pruneaux, des amandes, de l'agresto (c’est-à-dire de jus de raisin non mûr), du lard et du safran. Il n'est pas facile de les reproduire, mais le goût est certainement proche de ce qu'il devait être à l'origine.

"Le cisame de pesse est le premier témoignage de ce qui deviendra notre saor : il est très similaire en termes d'ingrédients, sauf qu'à l'époque on utilisait des amandes pelées au lieu de pignons, du miel et des épices fortes", disent-ils, "Tandis que l'ambroyno est une recette probablement perdue vers la fin du seizième siècle, lorsque le marché des épices s'est effondré à Venise. Dans toutes les recettes, on trouve l'ajout d'épices, même de manière exagérée, et un excès d'amandes et de lait d'amande. D'autre part, la cuisine vénitienne originale était une cuisine "fusion", qui utilisait des matières premières locales et les mélangeait en fonction des influences arabes, ottomanes, levantines, juives, arméniennes et grecques. Peut-être que les plats mentionnés dans les livres n'ont pas été conservés aujourd'hui, mais le concept de "fusion" a été maintenu et transmis jusqu'à aujourd'hui".

Ce qui est curieux, c'est que les recettes de l'Anonimo sont souvent pour 12 personnes, car il semble faire référence au pranzo dei ghiottoni de Nicola Salimbeni, un cuisinier qui a écrit des recettes pour 12 gloutons qui dilapidaient leurs fortunes dans des banquets riches et succulents. Il s’agit d’un livre de la fin du treizième siècle qui a été perdu et qui, selon certains philologues, est donc inclus dans certaines recettes de l'Anonimo veneziano. Au milieu des parfums, des poêles, de l'eau bouillante et des oignons qui craquent, les étudiants entrent en contact avec une Venise complète.

"Ils viennent ici parce qu'ils recherchent l'authenticité, ils ne veulent pas de contaminations mais la vraie recette originale", concluent Anna et Andrea, "Les Allemands sont ceux qui aiment Venise et l'Italie, sa culture, son art et sa cuisine plus que quiconque ; puis les Suisses, les Autrichiens et les Néerlandais ont également une grande passion pour Venise. Les Américains aiment l'Italie, mais souvent nous devons démonter de nombreux préjugés qu'ils ont, comme le fait que notre cuisine est pleine d'ail ou que les champignons sont utilisés dans la carbonara".

Le plat préféré ? Le "roi" de la cuisine vénitienne, le baccalà mantecato con la polenta, qui rivalise pour le podium avec la parmigiana et le très apprécié tiramisù.

LIEN ENTRETIEN VIDÉO

https://we.tl/t-vcNvjjWVJm

Venise-Thessalonique, des traces "humaines" pour reconstituer l'importance de la domination de la Sérénissime

Venise, 21 octobre 2021 - C'était le 14 septembre 1423, la fête de la Croix, lorsque les premiers navires vénitiens ont débarqué à Thessalonique sous les applaudissements. Avec Byzance incapable de se défendre, les Thessaloniciens se sont soumis volontairement à la domination de la Sérénissime, car le danger des Ottomans était désormais plus que visible. Cependant, les armes vénitiennes se sont révélées insuffisantes face au sultan Murad II qui, après un siège épique de trois jours, a occupé la ville le 29 mars 1430.

La domination de la République de Venise n'a duré que sept ans, mais l'impact de la présence vénitienne au cœur de la Grèce du Nord, c’est-à-dire Thessalonique, est significatif car, même après la conquête ottomane, les contacts entre les deux villes ont été continus et intenses en termes économiques, éducatifs et sociaux. Ces contacts sont au cœur de l'exposition "Salonicco-Venezia. Tracce di persone, strade della storia" (en français : Thessalonique - Venise. Traces de personnes, routes de l'histoire), organisée par la municipalité de Thessalonique et l'Institut hellénique d'études byzantines et post-byzantines de Venise à l’occasion du 1600ème anniversaire de la naissance de Venise. Tous les individus qui ont voyagé dans cette vaste zone entre les deux villes, pendant quatre siècles, ont apporté avec eux leur patrimoine culturel : ils ont collaboré, formé des familles mixtes, progressé sur la côte adriatique opposée. En suivant les traces archivistiques de ces personnes, nous pouvons retracer les chemins de l'histoire commune de Thessalonique et de Venise, nous pouvons connaître la richesse, la profondeur et les liens qui se sont développés entre les deux villes.

La documentation historique est basée sur des documents d'archives principalement non publiés provenant des archives de l'Institut hellénique d'études byzantines et post-byzantines de Venise et des archives d'État de Venise. Les documents exposés reflètent la présence des Thessaloniciens à Venise (registres de baptêmes, de mariages et de décès), mais aussi leur participation active à la communauté grecque. L'exposition présente également un grand nombre de documents qui témoignent de l'intense mouvement commercial entre Thessalonique et Venise, dans l'ordre chronologique du seizième au dix-neuvième siècle. En effet Thessalonique, après être passée sous la domination vénitienne, est devenue l'un des principaux partenaires commerciaux de la Sérénissime. De nombreux Thessaloniciens, grecs et juifs, se sont installés à Venise pour développer leurs activités commerciales, développant une importante communauté grecque qui a laissé des témoignages et des trésors dans la cité des Doges. À partir des contacts commerciaux pour ο de Venise, on a présenté des lettres concernant les commandes de marchandises, la distribution de matériaux, les routes maritimes et en général l'activité des Thessaloniciens sur la route ouest-est et vice versa. L'exposition se concentre également sur le Collegio Flangini, un centre d'attraction pour les jeunes Thessaloniciens qui venaient étudier à Venise. Le matériel exposé témoigne de la présence éducative et intellectuelle de la communauté grecque orthodoxe de Venise à travers des documents issus de leurs dossiers d'étudiants, tels que des certificats de maladie et de vaccination.

L'exposition, située dans le centre historique de Thessalonique, peut être visitée jusqu'au 31 décembre et se rendra ensuite à Venise

 

Une série de récits vidéo pour redécouvrir l'histoire de Malamocco et célébrer l'anniversaire de Venise

Venise, 13 octobre 2021 – Les découvertes archéologiques, les artefacts, les objets du treizième siècle et tous les témoignages de l'histoire ancienne de Malamocco deviennent les protagonistes d'une série de récits vidéo créés pour valoriser le musée de cette île de la lagune vénitienne et pour célébrer le 1600ème anniversaire de la fondation de Venise. Les témoignages retrouvés dans les années 1990 lors des fouilles du Campo della Chiesa à Malamocco, et aujourd'hui conservés dans le musée de l'île, raniment le débat culturel de la ville grâce à l'intervention de plusieurs personnalités du monde culturel, politique et historique vénitien. Le but est de préserver, non seulement physiquement mais aussi dans la mémoire collective, les traces d'une histoire très ancienne qui a conduit à la fondation non seulement de la ville de Venise mais aussi d'un lieu symbole de sa lagune, l'île de Malamocco.

Le projet "Museo Transformer da Metamauco a Malamocco", né d'une idée de MarVe - Marine archaeology research Venice & EVR - Equipe Veneziana di Ricerca en collaboration avec l'association culturelle Prometeo de Padoue et la compagnie théâtrale Teatro del Go de Venise, sous la direction de Franca Zannoni et Francesco Coralli et le tournage et le montage de Daniele Zoico, propriétaire de Danto Production, débutera le 15 octobre, avec la publication de vidéos hebdomadaires, pour un total de six rendez-vous, dont le dernier aura lieu le 19 novembre.

Les vidéos du Museo Transformer seront publiés sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, Twitter e YouTube) de MarVe - Marine archaeology research Venice, et divertiront les passionnés ou les simples curieux avec des morceaux d'histoire, des anecdotes et des explications dans un parcours qui ira de l'histoire de Malamocco à celle de la ville de Venise, en regardant l'avenir de la recherche archéologique et en soulignant l'importance de l'énorme patrimoine culturel et archéologique dont la ville de Venise est l'héritière.

La mascotte de l'événement est "Capitan Pipa", qui reprend le personnage du commandant Roberto Padoan, fondateur de l'association MarVe, dans une version animée créée par Rachele Coralli.

Présentation vidéo à l'adresse : https://vimeo.com/625347533/643b43a90e

 

7 octobre 1571 : la bataille de Lépante, il y a 450 ans. Le triomphe de l'armée vénitienne dans le tableau de Vicentino au Palais des Doges

Venise, 6 octobre 2021 - Ce qui semble à première vue chaotique se révèle être une composition intelligente : une toile remplie de navires, de soldats et d'armements. La bataille éclate, les soldats tombent sous les coups des épées ennemies. C’est le 7 octobre 1571, il y a 450 ans, et ce qui se joue est la plus grande victoire navale de Venise. Demain, la ville commémorera cette date par une série d'initiatives dans le cadre des célébrations de 1600 ans de la fondation de Venise

Pour comprendre l'importance de cet événement, il suffit de regarder le tableau de la bataille de Lépante dans la Sala dello Scrutinio du palais des Doges à Venise, le cœur de la ville, siège des doges et de tout l'appareil politique de la Sérénissime. Les murs de l'immense salle du premier étage - destinée à accueillir les opérations de décompte électorale ou délibérative qui rythmaient assidûment la politique vénitienne - relatent les batailles gagnées de 809 à 1656, et celle de Lépante est sans doute l'une des plus grandes et des plus importantes représentées dans tout le palais : il s'agit d'un tableau d'Andrea Vicentino, qui a signé l'œuvre sans la dater. Ce qui est certain, c'est que sa Bataille de Lépante a été réalisée après la destruction du tableau du même nom par le Tintoret en 1577, à la suite de l'incendie du palais des Doges.

Dans ce tableau, les troupes alliées se distinguent des troupes ottomanes par leurs vêtements et leurs armes. Leurs amiraux se tiennent à la poupe de leurs navires, dans une attitude calme et apparemment indifférente. Sebastiano Venier, le protagoniste vénitien de l'événement et futur doge de la Sérénissime, est représenté avec son page, droit et avec sa tête nue malgré le danger, sur la galère au premier rang. Don Juan d'Autriche, commandant espagnol et demi-frère de Philippe II d’Espagne, est représenté presque de la marge de droite et Marcantonio Colonna, commandant du pape, est à la poupe de la galère papale, derrière le drapeau de la Sainte Ligue. Ces trois galères, venant de la droite, sont contraposées à gauche par trois galères turques, sous le commandement de l'amiral Ali Pacha. L'agitation des capitaines ottomans révèle la tension du moment. La galère de Venier vient d'entrer en collision avec le navire amiral turc et, dans une mer déjà jonché de morts, les troupes vénitiennes se jettent à l’abordage. Le choc des deux navires est si violent que les vigies turques sont catapultées dans la mer depuis leurs hunes. Sur le bord inférieur du tableau, des scènes de combat font partager au spectateur la dureté et la brutalité de la lutte au corps à corps, la souffrance des vaincus mais aussi leur courage et leur volonté héroïque de résister. Et donc, c’est dans la lutte des combattants individuels qui se reflète le conflit des puissances mondiales de l'époque.

Pour réaliser ce tableau, le peintre Andrea Vicentino a lu de nombreux textes et étudié des reproductions graphiques de l'époque. Et ce qu’on voit dans la toile est exactement ce que l'histoire a raconté. Le déclencheur de cette bataille arrive en 1570, quand Venise n’est plus la souveraine incontestée de la Méditerranée et l'Empire ottoman conquiert l'île de Chypre (territoire sous domination vénitienne). Après l’appel fait par la Sérénissime, en 1571 Pape Pie V mobilise la Sainte Ligue, une alliance de divers États catholiques présents sur le pourtour méditerranéen, dans la tentative de briser la progression des Ottomans. Famagouste, ville portuaire dans l’île de Chypre, est la seule qui a pu résister longtemps au siège turc, grâce au courageux gouverneur Marco Antonio Bragadin ; mais malheureusement, peu avant l’arrive de la Ligue, il est tué par les Ottomans au milieu d'atroces tortures. C’est cette nouvelle du siège, et puis de la prise de la ville, qui conduisent la flotte chrétienne à partir de Messine le 16 septembre 1571 : au total, il y a 202 bâtiments, dont six galéasses, et 30 000 hommes de combat de diverses origines, plus 50 000 marins et rameurs ; c’est la République de Venise laquelle qui fournit la plupart des navires de guerre, avec plus d'une centaine de navires. Après s’être dirigé vers Corfou, des navires éclaireurs de la Sainte Ligue localisent la flotte turque, rassemblée dans le golfe de Lépante (aujourd'hui Naupacte), à l'entrée du golfe de Corinthe (golfe de Patras) ; 230 navires turcs la composent. Le 6 octobre 1571, l'amiral turc quitte la baie de Lépante, disposant les navires en formation de croissant. Entre les navires déployés par la Sainte Ligue il y a aussi six galères vénitiennes, c’est-à-dire des unités de cargaison expressément transformées dans l'Arsenal de Venise en puissantes machines de guerre. Au matin du 7 octobre 1571, au soleil levant, la flotte chrétienne se positionne à l'entrée du golfe et commence à avancer lentement vers la flotte ennemie : les galères de la Sainte Ligue frappent violemment les Turcs, qui perdent de nombreuses unités, mais l'affrontement final a lieu peu après avec le contact des deux vaisseaux amiraux. Les navires ennemis sont poussés vers la côte où ils s'échouent ou sont coulés, et un massacre suivre le désarroi dans les rangs ottomans. L'ennemi est donc solidement battu et la victoire de la Sainte Ligue est grandiose : 13 galères capturées, 90 coulées ou écrasées, 3800 prisonniers. Mais ses pertes sont également élevées : 7650 morts et 7800 blessés. 

C’est un triomphe d'une grande valeur symbolique et d'un grand impact émotionnel : de nombreuses années s'écouleront avant que la flotte turque ne reprenne le combat naval, et la suprématie de la Méditerranée restera entre les mains de la Sérénissime pendant un autre siècle. D'un point de vue technique, cependant, la victoire de la flotte chrétienne marque la dernière grande bataille du Moyen Age menée avec des navires poussés par des rameurs.