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Venise célèbre la Journée internationale de la mémoire de l’Holocauste avec 30 nouvelles stolpersteine dans le centre historique et, pour la première fois, à Mestre

Venise, 26 janvier 2022 - Les célébrations de la Journée internationale de la mémoire de l'Holocauste se poursuivent à Venise avec la pose de nouvelles stolpersteine, c’est-à-dire les petits pavés de béton, recouverts d'une plaque en laiton, qui rappellent le nom, le prénom, le lieu de déportation, l'année de naissance et la mort des Juifs déportés dans les camps d'extermination nazis. Au total, 30 nouvelles stolpersteine seront placées à Venise, rejoignant les autres 105 déjà posées les années précédentes. Deux cérémonies officielles, ouvertes au public, auront lieu dans le centre-ville de Venise et à Mestre.
Jeudi 27 janvier, à 9h00 en Campo Santa Maria del Giglio (San Marco 2494), sera posée la première stolperstein, dédiée à la mémoire de Fanny Finzi, fille d'Angelo Finzi et d'Elvira Bassani, née à Venise le 20 avril 1868 et déportée le 2 août 1944 vers Auschwitz, dont elle n'est pas sortie vivante.
Vingt-huit autres pavés de béton seront posés dans les sestieri de Cannaregio et de Dorsoduro à la mémoire d'autres Vénitiens déportés dans des camps de concentration : Anna Jona, Angelina Vivante, Achille Perlmutter, Bruno Perlmutter, Gilmo Perlmutter, Ida Aboaf, Adelaide Scaramella Messulam, Anna Scaramella Messulam, Rosetta Scaramella Messulam, Angelo Grassini, Mirna Grassini, Raffaele Grassini, Lina Nacamulli, Anna Forti, Anselmo Giuseppe Forti, Giuditta Forti, Regina Finzi, Davide De Leon, Elena Nacamulli, Mara Nacamulli, Abramo Melli, Ada Melli, Amalia Melli, Enrichetta Melli, Oscar Carli, Benedetta Dina Polacco, Salvatore Vivante, Adolfo Nunes-Vais.
Le lendemain, vendredi 28 janvier, à 11h00, pour la première fois, Mestre verra également la pose de sa première stolperstein en Via del Rigo 2, à Carpenedo. Le pavé plaqué sera posé en mémoire de Vittorio Bassi, un jeune Vénitien né le 4 juin 1901 de Costante Bassi et Emma Magrini et arrêté en Via del Rigo le 18 décembre 1943. De là, il est envoyé à Auschwitz, avec le convoi numéro 8, le 22 février 1944, où il meurt dans le camp de concentration polonais.
Avec la pose de sa première stolperstein, Mestre, qui selon de récentes découvertes est témoigne de la présence d'une importante communauté juive depuis la fin du quatorzième siècle, rejoint une importante tradition européenne. Il s'agit d'un projet de l'artiste allemand Gunter Demnig, qui consiste à placer de petits pavés de béton (10x10 centimètres) recouverts d'une plaque en laiton devant les maisons des personnes déportées dans les camps de concentration, en commémorant leurs noms afin de créer un réseau de mémoire collective dans le tissu urbain des villes européennes et d'empêcher le présent d'effacer la mémoire du passé et l'histoire de répéter ses erreurs.
Le terme allemand stolperstein, signifiant "pierres d'achoppement", c'est-à-dire les "pierres sur lesquelles on trébuche", provient d'une expression biblique tirée de la lettre de saint Paul aux Romains (9:30). Aujourd'hui, par contre, ce mot revêt une signification métaphorique étroitement liée à la Journée internationale de la mémoire de l'Holocauste et au souvenir des victimes de la persécution et de l'extermination nazie-fasciste.
Il en existe plus de 70 000 en Europe, mais la première "pierre d'achoppement" a été posée par Gunter Demnig devant l'hôtel de ville de Cologne, en Allemagne, le 16 décembre 1992. C’était exactement 50 ans après le "décret d'Auschwitz" promulgué par le commandant SS Heinrich Himmler, qui prévoyait la déportation de toutes les personnes d'origine rom et sinti vers le camp de concentration de Birkenau, en Pologne. Aujourd'hui, il y a des stolpersteine dans plus de 2000 villes de différents pays européens, dont l'Italie qui, depuis 2010, a commencé à faire partie de cette importante tradition historique. C'est à Rome, en effet, que le premier pavé plaqué italien a été posé et, actuellement, ces traces de l'histoire sont présentes dans de nombreuses autres villes, dont Venise, qui a rejoint le projet en 2014.
Un petit bloc de béton, encastré dans le trottoir d'une ville, devient ainsi un symbole du souvenir et une "pierre d'achoppement" pour le cœur et l'esprit, afin que la vie des personnes victimes de l'extermination nazie-fasciste continue d'avoir de la valeur et ne soit jamais oubliée.

La journée internationale de la mémoire de l’Holocauste à La Fenice : plus de 60 événements dans la ville jusqu'au 8 février

La scène du théâtre La Fenice de Venise a rendu hommage aux victimes de la persécution et de l'extermination nazie-fasciste avec la cérémonie de la Journée internationale de la mémoire de l'Holocauste 2022, un rendez-vous entre l'histoire, l'art et la culture visant à faire réfléchir les gens sur les thèmes du souvenir, du respect de la diversité et de la fraternité afin que les erreurs du passé ne se répètent pas dans le présent.

Le théâtre vénitien a accueilli un moment de réflexion impliquant des institutions et des survivants à l'extermination, comme Virginia Gattegno, maîtresse d’école de Venise survécue à Auschwitz après avoir été déportée pendant l'été 1944, qui a été protagoniste d'une lecture musicale.

Mais outre le souvenir, il y avait aussi les voix de Valentina GhelfiMiriam Cappa et Selene Demaria qui, sur la musique de fond du groupe Fandujo, ont interprété des extraits du livre Per chi splende questo lume de Matteo Corradini, consacré à l'histoire et aux souvenirs de la vie de Virginia.

Cet événement n'est pas le seul que Venise, en train de célébrer son anniversaire pour les 1600 ans de sa fondation, consacre à la Journée internationale de la mémoire de l'Holocauste 2022. En fait, plusieurs événements sont organisés dans toute la ville pour commémorer les victimes de la persécution et de l'extermination nazie-fasciste, notamment des expositions, des événements, des présentations de livres, des réunions, des visites guidées et de nouvelles stolpersteine placées dans les calli de la ville.

On commence le 24 janvier à 18h00, au Palazzo Barbarigo della Terrazza avec la conférence "Teatro della riconciliazionenote sulla cultura della memoria in Germania" (en français : "Théâtre de la réconciliation, notes sur la culture de la mémoire en Allemagne") par l'écrivain berlinois Max Czollek, organisée par le Centre Allemand d'Études Vénitiennes, l'université Ca' Foscari de Venise et le théâtre Ca' Foscari.

Le mardi 25 janvier, à 11h00, l'Aula Magna Silvio Trentin de l'Université Ca' Foscari de Venise accueillera le séminaire "Intercultural solidaritiesJewish and Muslim communities of Bosnia in WW2" ("Solidarités interculturelles, communautés juives et musulmanes de Bosnie pendant la Seconde Guerre mondiale"), avec S.E. Abdulgafar ef. Velić, Imam en chef du Majlis de Sarajevo, Cantor Igor Kožemjakin, Hazzan de la Synagogue de Sarajevo, organisé en collaboration avec Associazione Amicizia Italia-Turchia et Associazione Italiana dei Bosniaci Musulmani. Modératrice : Vera Costantini, de l’Université Ca' Foscari de Venise et Associazione Amicizia Italia-Turchia.

Également, le 25 janvier à 11h00, la municipalité de Marghera accueillera "Una poesia per la memoria" ("Un poème pour la mémoire"), un événement au cours duquel les élèves de 4e et 5e année de l'Istituto Comprensivo Filippo Grimani liront des poèmes et des pensées dédiés à la Journée internationale de la mémoire de l'Holocauste, avec les salutations de Teodoro Marolo, président de la municipalité de Marghera.

Le même jour, à 15h00, l'Aula Magna de l’Université IUAV de Venise accueillera le séminaire "Architetture per la Memoria: icone retoriche o forme significanti? Un itinerario tra Memoriali e Musei della Shoah"("Architectures pour la Journée internationale de la mémoire de l’Holocauste : icônes rhétoriques ou formes significatives ? Un itinéraire à travers les mémoriaux et les musées de la Shoah") avec Guido Morpurgo de l'Université IUAV de Venise.

Le 25 janvier à 17h00, l'Aula Magna de l'Ateneo Veneto accueille la conférence "Ripensare il Fascismo" ("Repenser le fascisme"), tiré du livre Il fascismo italiano. Storia e interpretazioni (Le fascisme italien. Histoire et interpretations), curé par Giulia Albanese (edition Carocci, 2021). Présenté par Renato Jona, ANPPIA. Participants : Giulia Albanese, présidente d'Iveser, et Filippo Focardi, Université de Padoue. 

Le 25 janvier à 18h00, la bibliothèque VEZ accueillera dans son hall d'entrée la présentation du livre La vita nuda (La vie nue) de Danilo Kiš et Aleksandar Mandić avec la participation d'Alice Parmeggiani, traductrice du livre ; Božidar Stanišić, éditeur de la postface ; et Massimo Rizzante, poète, essayiste et traducteur.

Mercredi 26 janvier, à 16h00, au lycée Marco Foscarini de Venise, aura lieu l'événement "La Memoria a scuola, oggi" ("La mémoire à l'école, aujourd'hui"), réservé aux élèves du lycée vénitien, avec la projection de la vidéo Il banco vuoto. Leggi razziste a scuola. Letture, musiche, testimonianze, suivie d'un débat. Orateurs : Lia Finzi, témoin ; Gianfranco Bonesso, anthropologue. L'événement est organisé par : ANPI Sezione Sette Martiri di Venezia en collaboration avec : rEsistenze et Iveser. 

Le même jour, à 17h00à l'Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti au Palazzo Franchetti, il y aura une projection vidéo et une conférence "La città che Hitler regalò agli Ebrei : Terezinun caso di fake news" ("La ville que Hitler a donné aux Juifs : Terezin, un cas de fake news")avec la participation de : Donatella Calabi, Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti et Université IUAV de Venise; Gian Piero Brunetta, Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti et Université de Padoue. L'événement est organisé par : Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti.

Le 26 janvier à 17h30, au Centre Culturel Candiani, se tiendra la conférence "Shoah, l’urgenza. Adolfo Ottolenghi, un esempio di umanità contro la barbarie" ("Shoah, l'urgence. Adolfo Ottolenghi, un exemple d'humanité contre la barbarie). Orateur : Maurizio Del Maschio, Associazione Italia Israel di Venezia.

Radio Ca' Foscari, le 26 janvier à 17h30, consacre un épisode du programme radiophonique I mercoledì del Giorno della Memoria au roman Le Jardin des Finzi-Contini avec une interview de l'avocat Ferigo Foscari Widmann Rezzonico.

Mercredi 26 Janvier, à 18h00 chez le musée M9 est prévu l'événement "Racconto per immagini. Le ricette del ricordo" ("Récit en images. Les recettes de la mémoire") organisé par M9 et Beit Venezia, Casa della Cultura Ebraica avec la participation de Sara Lando.

Le même jour, à 18h30, le Centre Culturel Candiani consacre à la Journée internationale de la mémoire de l'Holocauste une conférence intitulée "La memoria del passato come protezione per il futuro. La persecuzione contro gli ebrei durante gli anni della Seconda Guerra Mondiale" ("La mémoire du passé comme protection pour l'avenir. La persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale"), intervenant Riccardo Calimani de l'Université Ca' Foscari de Venise. L'événement est organisé par l'Università Popolare di Mestre.

Le jeudi 27 janvier est la journée consacrée à la pose de nouvelles stolpersteine à Venise. A 9h00, au Campo Santa Maria del Giglio, aura lieu la cérémonie de pose de la première stolperstein à San Marco 2494. Elle sera suivie de la pose de vingt-huit autres stolpersteine à divers endroits du centre historique.

Le lendemain, vendredi 28 janvier, il y aura une cérémonie pour la pose de la première stolpersteineà Mestre, à 11h00, en via del Rigo, 2.

Les événements dédiés à la mémoire des victimes se poursuivront jusqu'au mardi 8 février. 

Le programme complet des événements de la Journée de commémoration de l'Holocauste 2022 peut être consulté à l'adresse suivante : https://www.comune.venezia.it/sites/comune.venezia.it/files/GiornoDellaMemoriaProgramma2022.pdf.

 

 

 

 

 

 

L'anniversaire de la bataille historique de la Sortita, qui a conduit à la libération de Mestre des Autrichiens

Venise, 26 octobre 2021 - Le 22 mars 1848, dans la ferveur des insurrections qui secouent les royaumes de la péninsule italienne, Venise aussi a connu sa propre insurrection. 

La population, animée par Daniele Manin et Nicolò Tommaseo, a occupé l'Arsenal et proclamé la République de Saint-Marc, marquant un moment fondamental pour la ville de Venise, qui célèbre cette année 1600 ans d'histoire.

L'insurrection dans la cité lagunaire a été suivie par celle sur le reste du territoire avec les habitants de Mestre qui ont décidé de se rebeller contre l'invasion des troupes autrichiennes. Bataille longue et épuisante, elle a abouti une sortie vaillante mais dramatique du fort Marghera, à l'aube du 27 octobre 1848, qui a permis de rendre le fort à la nouvelle République de Venise. 

Histoire. C'était le soir du 18 juin que les premières troupes autrichiennes ont entrées sur le continent vénitien et qu'une période de répression sévère, de bombardements constants, de fusillades et de violence a commencé à Mestre. Une situation critique qui a obligé la ville à faire appel à de nombreux volontaires venus de toute l'Italie. Pour les Vénitiens, la seule protection qui restait était le fort Marghera, le fort Manin et le fort San Giuliano, avec 140 pièces d'artillerie et 2 300 volontaires venus de toute la péninsule.

Les envahisseurs autrichiens ont isolé la forteresse de Marghera et une impasse incertaine a duré longtemps jusqu'à ce que, au lever du 27 octobre, 2000 hommes, dont des troupes régulières et des volontaires, dirigés par le général Guglielmo Pepe et le colonel Gerolamo Ulloa, sont sortis ensemble de la forteresse et ont lancé une attaque surprise très dure contre la garnison autrichienne. De là, ils ont rejoint environ 1500 patriotes de Mestre à Piazza Barche et se sont dirigés vers Ponte della Campana, le seul accès à Piazza Maggiore et au centre-ville. Les troupes autrichiennes, bien qu'en infériorité numérique, ont été contraintes de fuir vers Trévise, et Mestre a ainsi été reconquise et libérée, laissant toutefois un grand nombre de victimes sur le champ de bataille.

Bien que dramatique, cette opération est entrée dans l'histoire sous le nom de "Sortita de Fort Marghera". C'était un grand exploit, étant donné la différence marquée dans le nombre de soldats entre les volontaires italiens et les troupes des Habsbourg, et cela a contribué à remonter le moral de nombreux patriotes dans diverses régions d'Italie qui luttaient pour l'unité et l'indépendance de la péninsule.

Toutefois, cette situation n’a pas duré longtemps : peu après, les Autrichiens ont réussi à reconquérir Mestre et, le 4 mai 1849, ils ont commencé à reprendre le fort Marghera, un siège qui n’a terminé que le 27 mai, lorsque les troupes italiennes présentes dans le fort ont été contraintes de battre en retraite et de se réfugier à Venise. En conséquence, Venise elle-même, dont la seule protection était désormais la barrière naturelle de la lagune, en cage et vulnérable aux tirs d'artillerie autrichiens, dut céder à la forte pression autrichienne et, le 22 août 1849, elle a tombé, consacrant ainsi la fin de la République de Saint-Marc.

 

 

Histoires et secrets de ceux qui travaillent dans les coulisses du théâtre La Fenice, détruit et puis reconstruit il y a 26 ans

Le Gran Teatro La Fenice, un symbole de Venise, un lieu admiré dans le monde entier et qui a écrit et continue à écrire des pages de l'histoire de la ville. Andrea Muzzati, Vénitien de presque 60 ans qui y travaille depuis 1981, venait juste de passer son baccalauréat quand, alors qu'il cherchait son premier emploi après le lycée, il a entendu dire qu'on recherchait du personnel à La Fenice. Il a été engagé et aujourd'hui, 40 ans après ce jour, il est le machiniste en chef, l'un des hommes clés dans les coulisses des spectacles, opéras et concerts que le théâtre vénitien accueille. Le 29 janvier 1996, il n'était pas à Venise lorsqu'un incendie a détruit le lieu où il avait grandi et qui était devenu sa résidence secondaire. Il était en tournée à Varsovie avec le reste du théâtre.

Cependant, dans ses yeux on peut encore lire le souvenir indélébile d'un amas de cendres et de bois brûlé. Et ces yeux, 26 ans plus tard, sont toujours voilés de tristesse et d'émotion. Mais le théâtre La Fenice, comme son nom évocateur, se relève toujours et en 2003, il s'est révélé à la ville dans toute sa beauté. Comme il était auparavant et où il était auparavant. Et avec la partie structurelle et scénique, les dorures, les lumières et les dessins, le travail d'Andrea renaît également.

"Ce soir-là, ils nous ont téléphoné pour nous expliquer ce qui s'était passé, mais il n'y avait pas de téléphones portables à l'époque. Nous étions abasourdis : nous avons allumé la télévision et vu les premières images de la catastrophe. Ces derniers jours-là ont été difficiles, si loin, sans comprendre et sans voir", dit-il, "puis nous sommes revenus et il n'y avait plus rien. Nous ne pouvions pas comprendre ce que pouvait être notre avenir. Puis, ils ont construit le Palafenice et nous y sommes restés jusqu'en 2003". Souvenirs indélébiles également pour le chef électricien adjoint de la Fenice, Andrea Benetello, qui, au moment de l'incendie, travaillait pour la société Viet, dont le propriétaire a été condamné après des années d'interrogatoires et d'enquêtes.

"Ce sont des choses que l'on n'oublie jamais", dit-il. "Aujourd'hui, après 26 ans, lorsque je sens l'odeur de quelque chose qui brûle, c'est automatiquement comme si j'étais sur le terrain cette nuit-là, à regarder La Fenice brûler. J'entends encore les bruits des poids et contrepoids qui s'effondraient de 32 mètres, les explosions, les éclatements de verre, les sons hallucinants qui faisaient trembler le sol". Benetello venait de terminer son service lorsque l'incendie s'est déclaré et il a passé toute la soirée observant la destruction rapide du théâtre, rasé par de hautes flammes qui menaçaient de brûler un sestiere entier de Venise. "Tant que j'étais là, j'imaginais tout ce qui était perdu", conclut-il, "mais nous avons compris la gravité de la situation lorsque le premier pompier est sorti et nous a dit que les flammes étaient déjà dans le théâtre et que tout allait brûler comme une meule de paille". Pendant deux ans, Benetello a raconté aux enquêteurs tout ce qu'il avait fait et vu et, même si cette histoire est derrière lui, elle a laissé une marque indélébile sur sa vie.

Le théâtre a été entièrement vidé et, en 2003, il a été reconstruit tel qu'il était auparavant, même s'il "sentait" de nouveauté. “La première fois que nous sommes montés sur scène et que nous avons vu la salle toute dorée, ce fut une sensation étrange : nous étions habitués au vieux plafond usé, mais celui-ci était neuf, il étincelait", explique Muzzati, "Le vieux théâtre était merveilleux, il n'a pas été facile de s'y réhabituer, même s'ils ont fait un excellent travail de reconstruction, en particulier avec la scène, dont il ne restait absolument rien“.

La reconstruction a facilité le dur labeur de tous ceux qui, comme Muzzati, travaillent dans les coulisses, mais a également rendu le théâtre plus rationnel et plus rapide dans la mise en scène des œuvres. Les espaces sont plus larges pour que les charges puissent être déplacées plus facilement, les poids ne sont plus soulevés avec des cordes à la main mais avec des treuils modernes et un système contrôlé par ordinateur, et quatre ponts mobiles ont été créés pour transporter les matériaux, car à Venise tout arrive par bateau. Les nouvelles technologies ont amélioré la qualité du travail, même si cela s'est fait au détriment du charme de l'ancien métier. "Le son des cordes et des treuils quand on tirait les poids m’est resté à l’intérieur”, raconte Muzzati, "J'ai rejoint le théâtre par hasard, après l'école, j'avais entendu dire qu'ils cherchaient des gens et je me suis présenté. Je suis immédiatement devenu machiniste et c'est un travail que je ne changerais pour rien au monde, je repartirais à zéro, car il est impossible de s'ennuyer ici, chaque jour il y a quelque chose de différent. Les anciens maîtres nous ont tant appris, ils connaissaient chaque détail du théâtre, ils l'aimaient, et ils ont pu nous transmettre cette passion". Il y a actuellement 30 machinistes travaillant à La Fenice, répartis en équipes. Ils sont une sorte de deus ex machina du théâtre, le centre d'où part l'action scénique, où les coulisses sont levées et abaissées avec une précision millimétrique, où l'œuvre est montée et démontée.

Muzzati, qui en 41 ans a écouté des milliers d'opéras et est tombé amoureux de Tosca, qui ne 'est jamais assis dans les stalles pour profiter d'une représentation, a également abordé les dommages que l’acqua alta de 2019 a infligé au théâtre, ainsi qu'à toute la ville. L'eau et le feu pour La Fenice, qui a su renaître de ses cendres plus forte qu'auparavant.

Casanova Opera Pop, une comédie musicale pour le 1600èmeanniversaire de Venise

Une œuvre née du désir de donner à Venise une comédie musicale. C'est ainsi qu'est né Casanova Opera Pop, une comédie musicale conçue et produite par le célèbre chanteur italien Red Canzian qui sera présentée au Teatro Malibran en janvier, comme cadeau pour le 1600ème anniversaire de la ville de Venise. Deux heures de musique inédite et 21 interprètes choisis parmi les acteurs-chanteurs et les danseurs-acrobates pour donner vie à l'un des aventuriers vénitiens les plus aimés, controversés et célèbres de l'histoire.

"Les anniversaires sont généralement l'occasion de faire des cadeaux, et pour les 1600 ans de Venise, j'ai voulu faire un cadeau à cette ville splendide, merveilleuse et unique, en écrivant une comédie musicale : parce que Venise, bien qu'étant une ville incroyable, était la seule à ne pas avoir encore de comédie musicale, et maintenant elle en aura une", dit le chanteur et compositeur de Trévise, "c'est l'histoire fictive de Casanova, un spectacle important avec des images de réalité immersive et, après dix minutes, le public se retrouvera vraiment dans la Venise de 1755. Nous avons élaboré les images qui sont projetées sur l'écran, à l'intérieur duquel se déroule toute l'histoire, avec les acteurs qui bougent, chantent et dansent sur scène en direct". La tournée débutera le 21 janvier à Venise et passera ensuite par le Teatro Creberg à Bergame, le Teatro Nuovo Giovanni da Udine à Udine, le Teatro Arcimboldi à Milan, le Teatro Comunale Mario del Monaco à Trévise et le Teatro Alfieri à Turin. 

"En tout, il y aura trente représentations", explique Canzian, "nous n'avons pas fait plus que cela parce qu'il y a deux ans que les théâtres sont encombrés de ce qui n'a pas été mis en scène à cause de l'urgence sanitaire, il était donc presque impossible de trouver des espaces. Mais trente représentations bien faites suffisent pour que nous appelions des managers du monde entier, car Venise doit être exportée. Il y a des gens qui traversent le monde pour venir voir Venise : nous allons la leur faire découvrir. Nous l'emmènerons à Séoul, en Chine, en Russie, aux États-Unis, en Amérique du Sud, ainsi qu'en Europe bien sûr. Je pense que c'est un moyen fantastique de promouvoir un endroit que nous appelons souvent "incroyable" mais qui, en réalité, est un peu plus qu'incroyable". 

Basé sur le roman best-seller à cadre historique de Matteo Strukul, sorti en 2018 et traduit dans plus de dix langues, Casanova Opera Pop raconte de manière différente le célèbre personnage au milieu de sa vie, à 35 ans, de retour de son exil et défenseur acharné de Venise des jeux de pouvoir qui voudraient la faire vendre à l'étranger. “Casanova m'a toujours fasciné et a toujours été sous-estimé dans sa narration comme un tombeur de femme et rien de plus", poursuit l'artiste, "il était philosophe, chimiste, un homme qui connaissait très bien les langues et la Kabbale, désiré par les grandes courts européennes et ami de Madame De Pompadour. Mon Casanova est un bon super-héros, qui plaira aussi aux enfants, qui tombe follement amoureux d'une jeune fille de 19 ans pour laquelle il remet en question toute sa vie et toutes les choses qu'il doit vivre. C'est un Casanova très romantique“.

Avec la mise en scène réalisée par Emanuele Gamba, la comédie musicale a été conçue au plus fort de la pandémie. "Nous avons répété à un moment où nous ne savions pas si les théâtres allaient ouvrir et tout le monde était en train de nous conseiller d'arrêter“, explique Canzian, “mais ma femme Beatrix Niederwieser et moi, qui avons produit cette œuvre, avons voulu la faire de toutes nos forces et la mettre en scène parce que Venise méritait quelque chose d'impressionnant et de fort. Comme le dit très justement ma femme, nous le considérons comme notre troisième enfant“.

Une équipe de professionnels locaux et nationaux travaille à côté de Canzian sur ce projet : entre eux, Milo Manara, qui a créé l’artwork de la comédie musicale ; Massimo Checchetto pour les décors, directeur des décors du théâtre La Fenice ; Fabio Barettin pour les lumières, éclairagiste à La Fenice ; la styliste Desirèe Costanzo et l'atelier vénitien de Stefano Nicolao pour les 120 costumes ; le styliste Gian Pietro Muraro, spécialisé dans la création de costumes en maille, ainsi que l'École Polytechnique de la Chaussure de la Brenta qui, avec des entreprises du secteur, a créé les chaussures.

"Nous avons cherché le meilleur et je pense avoir écrit de la bonne musique : les chansons sont nées rapidement, tout comme l'idée de les mettre en scène“, conclut Canzian, “puis nous avons eu la chance de photographier une Venise déserte, pendant la pandémie. La plus grande difficulté a été de trouver des personnages qui ressemblent à ceux que j'avais mis en musique, et dans ce cas aussi nous avons réussi. Mon Casanova est puissant, mais il est aussi ouvert, ce n'est pas un tricheur, il est positif, il ouvre ses bras et chante "Venezia amore mio", c'est quelqu'un qui fait tout pour défendre sa ville. La comédie musicale, l'histoire, sont imprégnées d'amour. L'un des slogans que nous voulons utiliser est exactement celui-ci : il est temps de tomber amoureux. Et donc Venise et Casanova Opera Pop seront la meilleure occasion de redécouvrir ce désir et ce besoin". 

 

Venise entre inventions et ingéniosité : des origines au développement du brevet

C'est dans la Venise du milieu du quinzième siècle, lieu de transit et frontière entre l'Orient et l'Occident, qu'est né le brevet, le droit sur les inventions qui a ouvert les portes à des siècles d'innovation scientifique et technologique dans la cité lagunaire et dans le monde. 

C'est le 19 mars 1474 : le Sénat de la République de Venise a décidé de commencer à protéger les inventions avec l’établissement de la première loi sur les brevets, garantissant le droit exclusif à une invention et empêchant les autres de pouvoir la reproduire ou l'utiliser. Il s’agit d’un système appliqué d'abord en Italie, puis en Espagne et, à partir du milieu du seizième siècle, dans toute l'Europe. Cependant, le premier brevet vénitien accordé à un citoyen allemand, Johann von Speyer, remonte à 1469, donc quelques années plus tôt. Imprimeur, von Speyer a introduit pour la première fois à Venise l'impression à caractères mobiles et, grâce à l'organe vénitien du Collegio dei Savi, il a été le premier à avoir le droit d'exercer un monopole sur cette nouvelle idée dans tout le territoire de la Sérénissime. C'est cette étape qui a marqué l'ouverture et l'utilisation de l'imprimerie par tous, marquant l'histoire de l'édition nationale et internationale. 

Au cours de ses 1600 ans d'histoire, la Sérénissime a été l'un des plus grands centres où ont afflué non seulement les marchandises du monde entier, mais aussi les hommes, les femmes et, surtout, la connaissance et le savoir-faire. En fait, les voyages de Marco Polo en Chine ont commencé à la fin du treizième siècle, avec l'acquisition de nouvelles connaissances et d'énormes richesses. Ces connaissances ont évolué et ont été façonnées au fil du temps, donnant naissance à des arts et des métiers qui ont caractérisé l'histoire vénitienne, comme l'art de la verrerie, qui s'est épanouie sur l'île de Murano, surtout à partir du quinzième siècle, et qui a fourni le verre coloré utilisé pour orner les palais et les cathédrales dans toute l'Europe. 

À l'occasion d’une conférence au département d'économie de l'université Ca' Foscari de Venise, Luca Molà - professeur d'histoire de la Renaissance et des communautés mercantiles entre 1300 et 1650 à Venise, en Italie et dans le monde méditerranéen à l'université de Warwick - a parlé des origines et du développement du brevet, une invention qui a vu le jour à Venise et qui a donné lieu à une longue histoire d'innovations qui ont ouvert la voie à la technologie moderne.

Et c'est dans les salles du Fondaco dei Tedeschi, à quelques pas du pont du Rialto, centre commercial de la ville, que le brevet a trouvé son expansion. 

"C'était le lieu où les grands marchands, principalement allemands, venaient apprendre la comptabilité et l'art de faire des affaires", explique le professeur, "Ce lieu était une source d'attraction pour divers artisans et techniciens venus d'Allemagne". 

Quiconque se présentait à un bureau d'État avec une nouvelle invention qui n'avait jamais été appliquée au sein de la République de Venise avait droit à un brevet et, si l'invention s'avérait intéressante, pouvait en obtenir le monopole pendant dix ans. Les excavatrices pour le dragage des canaux, les machines industrielles pour le tissage de la laine et les moulins ne sont que quelques-unes des inventions créées dans la cité lagunaire après l'entrée en vigueur de la loi sur les brevets. Plus de 2000 brevets ont été accordés à des citoyens vénitiens et étrangers de tous horizons par le Sénat vénitien entre 1474 et 1797. Parmi elles, le brevet accordé à Galileo Galilei vers la fin du seizième siècle pour son télescope.

"Il est intéressant de noter que ceux qui ont lancé la loi sur les brevets étaient des nobles, des humanistes et des intellectuels vénitiens qui comprenaient comment une ville aussi riche et grande pouvait attirer des hommes ingénieux d'autres villes comme Brescia, Bergame, Vicence, Vérone, Bassano et d'autres territoires placés sous l'autorité de la République de Venise", explique Luca Molà. "C'est là, en effet, que se concentraient un certain nombre de capital humain et d'inventions technologiques, garantissant l'engagement de la ville à trouver de nouvelles découvertes et solutions à son profit”.

L'ingéniosité, dans le passé comme dans le présent, a toujours été le moteur de l'innovation, et c'est Venise qui a su comprendre combien il était important de protéger et de sauvegarder cet aspect de la condition humaine, attirant les grands esprits et la richesse intellectuelle, et se hissant au rang des puissances mondiales de l'époque.

Le premier ghetto d'Europe a été créé il y a 500 ans à Venise : de la ségrégation à un symbole international

C'est le 29 mars 1516 : la Sérénissime République décrète le transfert dans la lagune d'environ sept cents Juifs d'origine allemande et italienne, dans une partie isolée de la ville, qui abritait déjà une fonderie. Une zone insalubre, proche des prisons et du couvent de San Girolamo. C'est ainsi qu'est né le premier ghetto de l'histoire européenne : le Ghetto de Venise. Un lieu fascinant, dont la silhouette verticale conserve des histoires de familles entassées dans des maisons inhabituellement hautes pour Venise, atteignant jusqu'à neuf étages. Un lieu fermé par des portes, de ségrégation, où l'on ne pouvait que grandir. Ces jours-ci, Venise, forte de ses 1600 ans d'histoire, célèbre la mémoire des Juifs déportés dans les camps de concentration, et le faitavec une dizaine d'initiatives et en plaçant 30 stolpersteine sur ses traditionnels masegni (en plus des 105 déjà posées), comme un rappel éternel de ce qui s'est passé et de ce qui ne doit jamais se reproduire.

Près de 250 Juifs vénitiens, hommes et femmes âgés de deux mois à quatre-vingt-neuf ans, ont été capturés et déportés entre 1943 et 1944. Beaucoup d'autres ont trouvé refuge, dans la clandestinité, dans la campagne vénitienne, en Suisse, fuyant au sud vers les Alliés. Une guerre qui a laissé des traces dans l'ancien Ghetto de Venise, qui s'est non seulement dépeuplé mais a également vu la communauté religieuse s'appauvrir. 

"Lorsque les lois raciales sont entrées en vigueur, en 1938, la communauté juive a été prise de panique", raconte Daniel Touitou, grand-rabbin de la communauté juive de Venise depuis deux ans, "certains ont choisi de s'enfuir, d'autres ont essayé de se réfugier en Suisse, d'autres dans la campagne vénitienne. On estime qu'avant la guerre, la ville comptait 1 200/1 300 Juifs, tandis qu'après la guerre, la communauté est repartie avec 700 Juifs. La nouvelle communauté était également caractérisée par des personnes fortement marquées par les événements de la guerre". 

Les Juifs sont arrivés à Venise vers le début de l'an 1000, devenant progressivement un noyau considérable. Sentant la nécessité de les contrôler, le gouvernement de la République, par un décret du 29 mars 1516, a établi qu'ils doivent tous vivre dans un seul quartier de la ville, dans la zone où se trouvaient autrefois les fonderies, getien dialecte vénitien. Il a établi également qu'ils doivent porter un signe d'identification (un cercle jaune sur leur manteau, transformé par la suite en bonnet jaune et, à partir du seizième siècle, en bonnet rouge) et qu’ils doivent gérer des prêts sur gage aux taux fixés par la Sérénissime, ainsi qu'à se soumettre à de nombreuses autres règles onéreuses, comme l'augmentation des loyers d'un tiers, en échange de la liberté de culte et de la protection en cas de guerre. Le Ghetto était fermé la nuit par de lourdes portes aux ponts sur Rio San Girolamo et Rio del Ghetto, tandis que des gardes prenaient des bateaux le long des canaux environnants pour empêcher toute sortie nocturne.

"Cecil Roth, un historien juif anglais très important, dit que le judaïsme à Venise a existé pendant 800 ans et pour le prouver, il y a des tombes dans le cimetière juif du Lido de Venise qui datent de 800 ans", explique Touitou, "à cette époque, la communauté vivait encore à Mestre car il était interdit aux juifs de s'installer à Venise. Venise ne voulait pas des Juifs et n'en a pas voulu pendant de nombreux siècles. Avec la naissance du Ghetto, il y a 500 ans, des noyaux ont été formés par deux communautés, l'allemande - venue en Italie pour échapper à la peste noire - et l'italienne, tandis qu'en 1601 naissait la communauté portugaise fondée par Daniel Rodriga. Ces communautés sont représentées par les deux synagogues : l'espagnole et la levantine. Ainsi, divers noyaux sont nés et se sont formés et, à son apogée, on estime qu'environ 6 000 personnes vivaient dans le Ghetto, un nombre énorme pour cette zone. À cette époque, il s'agissait sans doute de l'une des plus grandes communautés juives". Le Ghettoétait une ville dans la ville : outre les lieux d'étude et de prière, il y avait un théâtre, une académie de musique, des salons littéraires et toutes sortes de magasins, un hôtel de 24 chambres, une auberge et un hôpital.

"La Sérénissime était une République de marchands et les Juifs étaient intéressants car ils payaient beaucoup d'impôts", poursuit le grand-rabbin, "les maisons du Ghetto louées par la loi aux Juifs coûtaient 30% de plus. Les Juifs espagnols payaient dix mille ducats par an. On peut dire que les juifs étaient les distributeurs automatiques de billets de la Sérénissime. Puis, à la fin du dix-neuvième siècle, une grave crise financière a éclaté, les Juifs n'étaient plus en mesure de payer toutes ces taxes, et on a dû changer de politique dans une certaine mesure. La communauté juive de Venise a produit de grandes personnalités, de grands rabbins, de grands hommes de lettres, de grands médecins. Certains personnages importants du Risorgimento italien à Venise étaient juifs, mais ensuite, avec la suppression des ghetti, la communauté juive s'est répandue dans la ville, s'éloignant de son quartier historique, participant à un processus d'émancipation politique et sociale qui, dans certains cas, a amené les gens à s'éloigner de la pratique juive. Bien sûr, l'idée d'un ghetto est laide, mais cet endroit était central pour la population juive, surtout entre le seizième et le dix-septième siècle".

Aujourd'hui, 420 Juifs vivent à Venise. "Nous souffrons du déclin démographique, du fait que de nombreuses personnes quittent la ville parce qu'elles ne trouvent pas de travail", conclut-il, "en 20 ans, la communauté a perdu 200 à 300 personnes, ce qui est très inquiétant.  Notre objectif futur est d'amener de nouveaux couples et de nouveaux enfants ici".

L'histoire de Saint Sébastien, le soldat martyr auquel Venise dédie une église et de nombreuses œuvres d'art

Aujourd'hui c’est le jour de la Saint Sébastien, la fête religieuse célébrée chaque 20 janvier en l'honneur du martyre du soldat romain d'origine française, vénéré par les églises catholique et orthodoxe pour avoir diffusé et défendu le christianisme jusqu'à sa mort. Saint patron de la police municipale, souvent invoqué comme protecteur contre la peste et rappelé iconographiquement comme martyr transpercé de flèches - c'est ainsi qu'il mourut en 288 aux mains de l'empereur Dioclétien - cette figure de la tradition catholique ne domine pas seulement les pages des livres, mais est également au centre d'innombrables œuvres d'art qui confirment son importance et l'étendue de son culte dans le monde entier.

Des statues aux peintures, des fresques aux dessins, Saint Sébastien est l'un des sujets les plus représentés dans l'histoire de l'art, surtout à l'époque de la Renaissance. Aujourd'hui encore, à Venise comme dans le reste du monde, il est possible de trouver son image iconique dans de nombreuses décorations d'autels, d'absides ou de niches d'églises, ainsi que dans les salles des plus grands musées. 

La Sérénissime, qui célèbre cette année le 1600ème anniversaire de sa fondation, dédie une église au saint patron des archers dans Campo San Sebastiano, dans le sestiere de Dorsoduro, érigée à l'endroit où se trouvait au quatorzième siècle un hospice pour les frères de la Congrégation de San Girolamo. Après avoir été démoli, ce bâtiment a laissé place à ce qui allait devenir la seule église vénitienne dédiée à Saint Sébastien, érigée en l'honneur du saint en remerciement de la fin de la peste en 1464. Ce n'est qu'en 1505 qu'ont débuté les travaux de construction de l'actuelle église de Saint Sébastien, caractérisée par une façade classique qui contraste avec un intérieur Renaissance. L'autel est orné de deux tableaux de Véronèse dédiés à cet important personnage religieux : “La Vierge en gloire avec les Saints Sébastien, Pierre, Catherine et François”, de 1562, et “Le Martyre de Saint Sébastien”, de 1565.

Outre ce lieu de culte, Venise compte également dans ses musées de nombreuses représentations de Saint Sébastien, dont certaines sont parmi les plus emblématiques de l'histoire de l'art. C'est dans la cité lagunaire que l'on trouve le “Saint Sébastien” d'Andrea Mantegna, conservé à la Galerie Franchetti de Ca d'Oro, qui représente le Saint au moment de sa flagellation, arrêtant dans le temps tout le pathos de sa mort, ainsi que le “Triptyque de Saint Sébastien” de Giovanni Bellini aux Galeries de l'Accademia. Parmi les autres représentations artistiques du Saint il y en a aussi beaucoup dans différents musées de la ville comme Ca' Rezzonico, le Musée Correr ou le Palais des Doges qui, dans l'exposition "Venezia 1600", actuellement en cours, présente le Saint Sébastien de Pietro Vecchia.

Il existe également de nombreuses églises vénitiennes ornées de peintures, de fresques ou de statues dédiées à Saint Sébastien, comme la basilique des saints Jean et Paul où on peut admirer le “Polyptyque de Saint Vincent Ferrer”, l'église de Santa Maria Formosa avec le “Polyptyque de Sainte Barbe” de Jacopo Palma l'Ancien ou l'église de San Francesco della Vigna qui abrite “La Vierge à l'Enfant, quatre saints et un donneur” de Giovanni Bellini et la basilique de Santa Maria della Salute avec le tableau du Titien “Saint Marc intronisé” et “Saint Sébastien”.

Considéré comme l'un des principaux défenseurs de l'Église, ainsi que le co-patron de Rome après Pierre et Paul, Saint Sébastien est une figure dominante du monde religieux et artistique qui continue de raconter son histoire à travers les œuvres d'art dans lesquelles il figure et que Venise conserve soigneusement jusqu'à aujourd'hui.

En place Saint-Marc, des références astrologiques, alchimiques et mythologiques marquent l'histoire de la Sérénissime

Les étoiles, les signes du zodiaque, l'horoscope : l'observation du ciel n'a jamais cessé d'intriguer et de fasciner les êtres humains. Surtout les vénitiens, navigateurs de profession, qui ont toujours tenu compte des étoiles, ne serait-ce que pour leur influence sur les marées. Et la place Saint-Marc, centre politique et religieux de Venise pendant ses 1600 ans, dissimule entre ses pierres et ses bronzes de nombreuses références astrologiques, alchimiques et mythologiques. Le palais des Doges, la basilique et la Tour de l'horloge évoquent les divinités et les signes du zodiaque et dissimulent l'ancienne foi dans les étoiles qui, bien que condamnée par le christianisme, a survécu à la fin du paganisme et a fini par faire partie de la culture médiévale.

Comme le raconte le guide touristique Manuel Meneghel, l'endroit le plus important du portique du palais des Doges, la colonne d'angle, consacre son chapiteau à l'astrologie. Il s’agit d’une transposition sur marbre d’une œuvre de l'astrologie classique, le Tetrabiblos de Ptolémée, qui nous renseigne l'influence des planètes sur les signes respectifs du zodiaque dont elles sont les souveraines. "Chaque signe du zodiaque a deux domiciles, l'un diurne et l'autre nocturne, tandis que le Soleil n'a que le diurne et la Lune que le nocturne. Le chapiteau nous aide à comprendre l'importance de l'astrologie classique au Moyen Âge et dans les siècles qui ont suivi", explique Meneghel, "Les planètes sont représentées comme d'anciennes divinités, des dieux païens, mais replacées dans le contexte de la période où elles ont été créées, le Moyen Âge. Jupiter, dieu du ciel dans l'iconographie classique, est transformé en un seigneur médiéval. Mars devient un guerrier qui arrive d'une croisade, et ainsi de suite". 

L’un de 36, le chapiteau du coin n'est cependant pas le seul à être consacrée à des thèmes astrologiques. Il en existe un autre, également sur le portique du palais des Doges, qui décrit l'influence des planètes sur l'âge de l'homme. Les planètes, en effet, exercent leur influence tant sur les différents signes du zodiaque que, au cours des différentes époques historiques, sur l'humanité dans son ensemble. Ici, sept planètes sont représentées, alors qu'il y a huit côtés du bas-relief : "Cette dernière représente la mort pour les péchés”, souligne Meneghel, "et a été le point d'équilibre trouvé entre le concept de prédestination transmis par l'astrologie et celui du libre arbitre dans la culture chrétienne : il y a l'influence des planètes dans le cours de la vie de l'homme, mais ce qui compte ensuite, c'est le poids du jugement universel au moment de la mort".

À deux pas de la place Saint-Marc, la façade de l'église San Giuliano, San Zulian en dialect vénitien, parle aussi d'astrologie avec la représentation du philologue et médecin Tommaso Rangone, représenté tenant son thème astral à la main, tandis que derrière lui se trouve un globe avec des constellations et une inscription en grec célébrant ses mérites d'investigateur du cosmos. 

L'astrologie est également présente sur la façade de la basilique Saint-Marc : sur le deuxième arc qui décore le portail central, les mois sont représentés dans l'intrados. Les signes du zodiaque, marquant le cours de l'année, sont insérés entre un mois et le suivant et sont également présents à l'intérieur du cadran de l'horloge de la place. La Tour de l'horloge est un étonnant chef-d'œuvre d'ingénierie : le cadran de l'horloge semble simplifié par rapport à celui de 1499 car, en plus de marquer la position du Soleil dans le zodiaque, il marquait autrefois la position des cinq autres planètes connues. "Aujourd'hui, l'horloge marque le passage du Soleil et de la Lune dans le zodiaque", poursuit Meneghel, "mais lorsqu'elle a été fabriquée, les cinq autres planètes étaient également présentes et il était donc possible d'avoir une image astrologique et astronomique utile pour calculer les différentes influences. Nous savons qu'à la naissance de chaque pape, par exemple, son thème astral était étudié afin de prophétiser le cours de sa papauté et de son règne".

Aujourd'hui comme hier, l'horloge continue de marquer ponctuellement la vie et le temps de Venise, qui s'écoule inexorablement dans une seule direction : le progrès de la ville la plus avant-gardiste du monde.

Nino Giuponi construit à Venise les premiers galions en bois du Palio delle Repubbliche Marinare

Une histoire qui commence à Venise, où on met en scène l'art ancien de la construction de bateaux en bois, un savoir-faire qui a transformé la ville, au fil des siècles, en "La Dominante". Un art que la Sérénissime République a su transmettre de génération en génération jusqu'à aujourd'hui.

Les mains qui les ont construits en 1955 étaient des mains vénitiennes expertes. Les quatre galions originaux du Palio delle Repubbliche Marinare - qui se tiendra le dimanche 19 décembre à Gênes - ont été conçus et construits par Giovanni Giuponi et ressemblent à la silhouette des galères antiques : construits en bois par la Cooperativa Gondolieri de Venise par Giuponi lui-même, ils ont été mis à l'eau le 9 juin 1956 sur la Riva dei Giardini Reali. Un moment important pour la ville, qui a également vu la bénédiction des bateaux par le patriarche de Venise Angelo Roncalli, qui a été élu pape deux ans plus tard sous le nom de Jean XXIII. Les bateaux ont coûté 3.566.000 lires et les rames 8.000 lires chacune.

Giuponi était le propriétaire du petit squero sur le Rio del Ponte Piccolo sur l'île de la Giudecca, qu'il a dirigé jusqu'à sa mort à l'âge de 91 ans en 1987. C'est là que "Nino" a travaillé comme squerariolo, capable de construire des bateaux de toutes formes et de toutes tailles. Nino squerariol - comme on l'appelait familièrement - était un expérimentateur dans son domaine, capable d'introduire des solutions techniques actualisées et de nouveaux matériaux à côté de ceux plus traditionnels assimilés dans ses jeunes années. En 1985, il a accepté d’écrire un manuel très détaillé décrivant les procédures de construction de la gondole dans toutes ses phases, rompant ainsi avec une coutume bien ancrée chez les constructeurs de navires qui consistait à transmettre leur savoir oralement, de père en fils ou de maître en ouvrier. Giuponi a commencé à travailler en 1920, apprenant le métier de son père, dans le squero in Fondamenta de l'Arzere all’Angelo Raffaele. De 1951 à 1965, il travaille pour la Coopérative Daniele Manin, dirigeant, en tant que chef de chantier, d'abord le squero de Rio de le Toreselle (aujourd'hui disparu), puis celui d'Ognissanti et enfin celui de San Trovaso, avant de se retirer pour travailler dans son propre chantier à Giudecca. Au cours de sa longue carrière, il a construit toutes sortes de bateaux : le sien était la "Disdotòna" de la Fondazione Querini Stampalia, un bateau à 18 rames, ou la "Carpaccesca", une gondole en fer que l'on voit également dans les tableaux de Carpaccio. Et les quatre galions pour le Palio delle Repubbliche Marinare ont aussi sa signature.

Aujourd'hui comme hier, les bateaux qui s'élancent sur l'eau pour concourir accueillent huit rameurs et un barreur et se distinguent par leurs couleurs et leurs splendides figures de proue : le lion ailé de Venise, qui rappelle le saint patron de la cité lagunaire, saint Marc l'évangéliste ; le cheval ailé d'Amalfi ; le dragon de Gênes, qui rappelle le saint patron de la ville, saint Georges ; l'aigle de Pise, qui symbolise l'ancien lien entre la République et le Saint Empire Romain Germanique. Le bateau qui franchit la ligne d'arrivée en premier, à la fin de la course, remporte le très convoité trophée en or et en argent réalisé par l'École d'orfèvrerie florentine, représentant un galion soutenu par quatre hippocampes, sous lesquels apparaissent les armoiries des quatre Républiques. Le trophée reste entre les mains de la ville gagnante pendant un an et est ensuite remis en jeu lors de la prochaine régate.

Le Palio delle Antiche Repubbliche Marinare, disputé sous le haut patronage du président de la République italienne, a lieu chaque année et est accueilli, à tour de rôle, dans les quatre villes. La régate est précédée d'un défilé historique, au cours duquel les participants se déguisent en personnages anciens qui caractérisent chaque république.

Venise est représentée par Caterina Cornaro, la reine qui a fait don de Chypre à la Sérénissime et est retournée dans sa patrie en tant que "fille préférée de Venise". Le défilé vénitien est ouvert par le gonfalon escorté par deux nobles, suivi de six trompettes et de quatre tambours. Il est suivi d'un groupe de huit nobles, chacun tenant une bannière de Saint-Marc, dont l'utilisation dans les processions remonte à 1177, lorsque le pape Alexandre III l'a donnée à Venise comme signe de l'autorité et de la domination reconnues de la République de Saint-Marc. Après les nobles, c'est le tour des dix sénateurs de la Sérénissime et d'un valet portant le chapeau du Sérénissime Doge sur un coussin de velours rouge. Ce dernier, en tunique et ample manteau rouge et or, porte sur la tête la corne ducale historique. Quatre ambassadeurs orientaux et huit demoiselles escortent Caterina Cornaro, qui est assise sur une chaise à porteurs soutenue par huit esclaves maures. Le souverain est accompagné de six membres de la délégation chypriote. Le cortège est fermé par un capitano da mar commandant une escouade d'esclaves armés.

À Venise, l'atelier de sérigraphie qui, depuis plus de 50 ans, traduit sous forme graphique les œuvres d'artistes du monde entier

Des pots d'encre, des pinceaux, des cadres, des couleurs éparpillées ici et là. Des feuilles de papier dans tous les coins, des photos aux murs, d'immenses tables de travail. Equerres, brosses, ciseaux. Entrer dans l'Atelier de Sérigraphie Fallani à Venise, c'est entrer dans un petit bijou caché où l'art prend vie chaque jour pour s'imprimer sur une feuille de papier et continuer à témoigner des moments de l'histoire d'une ville qui a 1600 ans de vie. Derrière ce lieu se cache un homme, un vénitien, une personne qui respire l'art tous les jours et qui préfère s'exprimer avec des couleurs et des formes plutôt qu'avec des mots. Il s'agit de Gianpaolo Fallani, le propriétaire de l'entreprise et de l'atelier qui produit chaque jour des œuvres d'art en imprimant sur n'importe quel matériau. C'est un lieu caché dans une petite calle donnant sur la lagune vénitienne, du côté de Fondamente Nove, qui continue à développer l'excellence vénitienne dans le secteur de l'impression d'art et la porte au monde en suivant l'exemple de ceux qui, avant lui, ont donné vie à ce métier. 

Tout a commencé il y a plusieurs années, par un jeune homme de Florence passionné par l'imprimerie. Au début de ses vingt ans, il s'installe à Venise, appelé par les pères arméniens de l'île de San Lazzaro pour travailler dans l'imprimerie de l'île située au milieu de la lagune vénitienne. Mais après son expérience avec les Arméniens, il décide d'ouvrir son propre atelier de zincographie, où il commence à produire des plaques pour l'impression typographique, puis passe à la photolithographie. Ce n'est qu'en 1968 qu'il entre pour la première fois en contact avec la sérigraphie, lors d'une foire commerciale, et à partir de ce moment-là, il ne pourra plus s'en séparer, tombant amoureux du potentiel infini de cette technique d'impression.

Ce garçon deviendra plus tard le père de Gianpaolo Fallani, aujourd'hui propriétaire de l'atelier vénitien, lui transmettant la même passion pour l'impression, les couleurs et les feuilles de papier qui l'a conduit à choisir ce métier.

"J'ai grandi dans l'atelier de mon père, où j'ai passé de nombreux après-midi et journées pendant les vacances d'été", se souvient Gianpaolo Fallani, "captivé par les couleurs, le savoir-faire et la volonté artistique de mon père, j'ai immédiatement été fasciné par ce monde. Une fois adulte, cependant, j'ai travaillé sur d'autres choses, toujours en rapport avec l'impression numérique, mais il y a une dizaine d'années, j'ai décidé de reprendre l'activité de sérigraphie artistique parce que je regrettais qu'elle soit abandonnée et risquait de ne pas avoir de suite à l'activité de mon père".

Aujourd'hui l'atelier, qui a toujours travaillé avec des artistes en préparant des reproductions pour des catalogues et des affiches pour des expositions d'art, continue, après plus de 50 ans d'activité, à traduire en techniques graphiques les œuvres d'illustrateurs et d'artistes du monde entier. La technique, cependant, est toujours la même, tout comme les outils du métier.

Le point de départ est un tissu en nylon, autrefois en soie, qui est tendu sur un cadre en bois ou en métal. C'est à travers les mailles de ce tissu que passe l'encre, qui est ensuite imprimée sur une surface.  Pour transférer l'image sur le cadre, on utilise un procédé photomécanique qui consiste à déposer sur la surface une gélatine photosensible que l'on laisse sécher, que l'on met en contact avec un film transparent et que l'on expose ensuite à une source de lumière UV pendant quelques minutes. Cette émulsion, une fois exposée à la lumière, passe de l'état soluble dans l'eau à l'état non soluble, ne durcissant que dans les points exposés à la lumière, qui seront alors le contour du dessin. Une fois que le matériau sur lequel on veut imprimer a été préparé, il suffit de presser la surface avec la racla, un outil doté d'un manche en bois ou en métal et d'une lame en caoutchouc. L'encre ne se transfère que sur les parties du cadre qui sont exemptes d'émulsion solidifiée par les rayons UV, créant ainsi le motif souhaité. 

"La sérigraphie est une technique d'impression très intéressante mais peu connue. Ce qui est génial, c'est qu'elle permet d'imprimer sur n'importe quel support et matériau", conclut Fallani, "et donc la créativité n’a aucune limite. C'est la raison pour laquelle mon père a choisi d'entreprendre cette profession et je continuerai, après lui, à le faire".

Depuis dix ans, Gianpaolo Fallani est propriétaire de l'atelier vénitien de sérigraphie fondé par son père, avec lequel il a imprimé des œuvres d'art, côte à côte, jusqu'à sa récente disparition. Il a choisi de conserver son atelier à Venise, car il est tellement amoureux de la ville où il est né qu'il en apprécie les mérites mais aussi les défauts.  Ainsi, ce jeune homme passionné d'art continue à vivre, aujourd'hui encore, la dimension humaine qui existe parmi les calli d'une ville pleine d'histoire, de tradition et d'art, en aidant, avec ses couleurs, son papier et son expérience, des artistes du monde entier à exprimer leurs émotions.

La vie quotidienne dans la République Sérénissime racontée en 67 tableaux par Gabriel Bella  

Il y a le vol du Turc, la Régate historique, le mariage avec la mer, le Carnaval, la fameuse chasse aux taureaux. En 67 tableaux, on retrouve toute la Sérénissime dans ses manifestations populaires, civiques et religieuses. Ce sont les tableaux du vénitien Gabriel Bella, exposés dans l'une des salles de la Fondazione Querini Stampalia : un aperçu unique et inégalé de la Venise animée du dix-huitième siècle, un documentaire vivant qui raconte avec authenticité les rites et les coutumes de toute une communauté, un aperçu de la Sérénissime République, qui fête cette année son 1600ème anniversaire.

"La famille Querini possédait une centaine de vues de la vie publique et quotidienne à Venise réalisées par Gabriel Bella, un artiste du dix-huitième siècle", explique la directrice Marigusta Lazzari, "il s'agit presque d'un reportage pictural sur Venise, avec les festivités, les activités publiques, les jeux, les régates, la présentation du nouveau Doge de la Scala dei Giganti, le théâtre Ridotto, le théâtre San Beneto, qui n'existe plus, la visite du Pape à l’église San Giovanni e Paolo, le mariage avec la mer chez la basilique Santa Maria della Salute et les chasses aux taureaux, les différentes régates dont le Redentore. Et encore : le théâtre d'art et les différentes foires, comme celle de la Sensa dans place Saint-Marc, le Jeudi Saint dans la place avec la mise en place d'une machine en bois et en stuc remplie de feux d'artifice, qui étaient allumés à la fin de la journée et interdits par la suite parce qu'ils mettaient le feu aux toits, et avec le vol du Turc portant l'hommage au Doge, qui est connu aujourd'hui comme le vol de l'Ange. Les nobles ont amené la ville dans les pièces de leurs villas à la campagne et ce sont des œuvres extraordinaires qui racontent l'histoire d'une ville au dix-huitième siècle, du point de vue de la vie quotidienne".

Au total, 100 tableaux décoraient les salles de la villa de la famille Querini à Campo di Pietra, à Trévise. 67 d'entre eux ont été sauvés et sont tous exposés dans une seule pièce de la Fondation, tandis que les 33 autres ont disparus.

Au dix-huitième siècle, Venise était la "capitale" de la vie sociale - il y avait plus de cent événements publics par an - et du Carnaval, qui commençait en octobre et se terminait en mai. Parmi les toiles les plus singulières, on doit citer "La festa del Giovedì Grasso in Piazzetta" (en français : "La fête du Jeudi Gras dans la Piazzetta"), où Castellani et Nicolotti se défient au jeu "Le Forze d'Ercole", c’est-à-dire une compétition de puissance musculaire et d'équilibre qui consiste à former une pyramide humaine. Pendant ce temps, le public assiste aussi au svolo del turco : d'un radeau dans le bassin, un acrobate, attaché à une corde, descend jusqu'au clocher de Saint-Marc, grimpe sur la flèche et exécute des exercices spectaculaires comme un véritable funambule, après quoi il descend dans la loggia du Palais des Doges pour offrir au Doge un bouquet de fleurs et un poème.  

Dans le tableau "La regata delle donne in Canal Grande" (en français : "La régate des femmes sur le Grand Canal"), on voit les femmes de Pellestrina et de Sant'Erasmo s'affronter tandis que des spectateurs imprudents, qui s'approchent du parcours de la régate, sont contraints de se retirer avec des balote, des balles en terre cuite utilisées pour la chasse dans la lagune.

Les toiles de Gabriel Bella représentent également l'aristocratie de la prostitution à Venise, des femmes élégantes et cultivées qui divertissaient les hommes dans une conversation brillante, qui accompagnaient les patriciens et les invités étrangers dans les occasions conviviales : comme par exemple les ridotti, des salles à l’intérieur des palais vénitiens exclusivement dédiées au jeu de hasard et qui étaient les seules tolérées par la Sérénissime. Dans le tableau "Il nuovo ridotto" (en français : "Le nouvel ridotto"), Bella représente le ridotto de Palazzo Dandolo après sa restauration en 1768. En 1638, Marco Dandolo a obtenu la première licence pour ouvrir une maison de jeu publique dans son palais de San Moisé et c'est ainsi que le premier casino est né. À l'intérieur, il y avait environ soixante-dix tables où l'on ne pouvait jouer qu'aux cartes et aux dés : les clients, hommes et femmes, quelle que soit leur origine sociale, devaient porter la bauta, qui comprenait le tabarro (une cape noire), un chapeau triangulaire (appelé tricorno) et la larva (un masque blanc ou noir avec un voile couvrant la tête, en forme de bec pour altérer la voix mais permettant de manger et de boire).

Puis il y a les moments institutionnels, comme "Il giro della Piazza del Doge in pozzetto" (en français : "Le tour du Doge dans place Saint-Marc"), avec le Doge porté sur les épaules de quatre-vingts arsenalotti (terme qui indique les personnes qui travaillaient dans l’Arsenal de Venise et qui constituaient la garde du corps du Doge), et "L'incoronazione del Doge sulla Scala dei Giganti" (en français : "Le couronnement du Doge à la Scala dei Giganti"), où le chef d'État de la République de Venise est couronné avec la zogia, la riche corne ducale.

Le Musée de la Fondazione Querini Stampalia restera ouvert pendant les vacances de Noël : du mardi au dimanche de 10h à 18h (fermé le lundi), avec des ouvertures spéciales les 8, 24, 25, 26 et 31 décembre et les 1, 2 et 6 janvier 2022. 

La Fabbrica del Vedere : de la lanterne magique à aujourd'hui, on raconte l'histoire du cinéma 

Bien qu’aujourd'hui tout soit virtuel, il y a une longue et fascinante histoire à raconter. De la lanterne magique à la caméra, Carlo Montanaro a construit ces archives avec patience, tout au long de sa vie, avec la même passion qui l'a frappé, enfant, lorsqu'il a vu le théâtre de marionnettes pour la première fois. C'est ainsi qu'est née la Fabbrica del Vedere, un musée installé sur trois étages d'une maison typiquement vénitienne, cachée en Calle del Forno, près de la Strada Nova, à quelques pas de la galerie Giorgio Franchetti de Ca' D'Oro. Trois étages remplis de films, de caméras, de publications, de photogrammes et de photographies, et d'instruments qui semblent aujourd'hui venir d'une autre planète : dioramas, stéréoscopes, le "nouveau monde". Et parmi les étagères, dans les tiroirs, il y a aussi beaucoup de Venise : la ville qui fête ses 1600 ans et qui est encore capable de transmettre, aujourd'hui comme hier, le message d'une ville éternelle, admirée sur les écrans internationaux sous toutes ses facettes.  

“Attilio D'Este a vécu dans cette maison", explique Montanaro, qui a enseigné la théorie et la méthode des médias de masse à l'Académie des Beaux-Arts de Venise, dont il est ensuite devenu le directeur, et qui a également enseigné la théorie et la technique du langage cinématographique, puis la restauration cinématographique et audiovisuelle à la Faculté de Littérature et de Philosophie de l'Université Ca' Foscari : "C'était un boulanger passionné de cinéma et cette maison contenait des témoignages de l'histoire du cinéma et du pré-cinéma. Quand il est mort, j'ai décidé d'acheter la maison et le matériel qui s'y trouvait, et j'ai donc ouvert ce musée à la fin du 2014, en ajoutant tout ce que je possédais et tout ce que j'ai acheté au fil des ans".

Les archives comprennent une quantité extrêmement hétérogène de matériel qui cherche à témoigner du "voir" depuis l'époque où les images peuvent être reproduites. Ainsi, en partant de la gravure (de Canaletto aux Vues d'optiques), en passant par la lanterne magique, pour arriver à la photographie, l'analyse et la synthèse du mouvement, dont témoignent les appareils de pré-cinéma, jusqu'au cinéma, à la télévision et au numérique. Il y a les expériences de Jules Etienne Marey, les découvertes des frères Lumière, l'inventeur de la fiction Georges Méliès, le cinéma muet, l'introduction du son et de la couleur. Il y a le monde disparu de la pellicule, le Cinémascope, le 70 mm, le celluloïd, puis l'acétate et enfin le polyester. Il y a un monde qui change, une profession qui change, un langage qui change, mais grâce aux efforts de Montanaro, ce monde n'est pas perdu mais, au contraire, il est raconté et fait connaître dans ce petit coin de Venise.

Chaque année, la Fabbrica del Vedere réalise, avec l’aide du photographe Francesco Barasciutti, un calendrier avec une sélection des matériaux qu'elle préserve. Un voyage qui a commencé en 2015 avec l'exposition "Lanternes magiques", qui comprenait une sélection de lanternes datant de 1800, et qui se poursuit aujourd'hui avec la présentation de la huitième édition du calendrier 2022 et de l'exposition "Cineprese", qui peut être visitée jusqu'à la fin du mois de février de 17h30 à 19h. Sont exposés ce que Montanaro définit comme des "engins très éloignés de l'idée de la caméra", chacun ayant sa propre histoire et son propre charme, y compris une caméra de 1903. Onze pièces d'équipement retracent l'évolution de la "dixième muse". De l'autonomie initiale d'un peu plus d'une poignée de secondes, aux chargeurs permettant de réaliser des prises de vue en continu pendant cinq à neuf minutes. Les technologies évoluaient au fur et à mesure que la "carrosserie" des caméras s'améliorait au fil des ans : du bois stable de l'acajou à l'aluminium et au plomb pour endiguer le tic-tac mécanique à l'ère du son. Ces objets risquent de tomber dans l'oubli, de disparaître des plateaux et d'être supplantés par les caméras, dont la fascination se perd peu à peu au profit des nouvelles technologies numériques qui ne peuvent toutefois pas remplacer ces fascinantes "boîtes" qui renferment des morceaux de l'histoire du cinéma et de la photographie. 

Pour toute information www.archiviocarlomontanaro.com

 

De l'art sacré aux peintures murales : il y a cent ans naissait Ernani Costantini

Il a organisé plus de soixante-dix expositions personnelles et reçu de nombreux prix et distinctions, et a publié des articles et quatre romans. Il a mené une activité intense dans le domaine de l'art sacré, réalisant plus de quarante commandes dont les vastes peintures murales de Sacca Fisola, Altobello et Marghera et quelques cycles complets de la Via Crucis. Il y a cent ans, le 12 février 1922, naissait le peintre vénitien Ernani Costantini. Pour commémorer cet anniversaire, l'Istituzione Fondazione Bevilacqua La Masa inaugurera l'exposition “Cento anni di Ernani” à Palazzo Tito le vendredi 14 janvier, un événement inclus dans le programme officiel des célébrations du 1600ème anniversaire de Venise. Les salles du palais présentent une synthèse de l'ensemble du parcours artistique d'Ernani : des œuvres présentées lors de ses premières expositions, à partir de la seconde moitié des années 1950, à sa dernière grande toile peinte en 2005. La carrière d'Ernani a mûri dans le flux culturel du vingtième siècle, dont il était un profond connaisseur. Depuis ses premières recherches dans la veine "cubiste", en passant par une abstraction de la figuration très personnelle, jusqu'à la pleine maturation de son empreinte représentative originale. Ernani était un artiste d'une qualité technique incontestable et rigoureuse, l'exécuteur d'œuvres au résultat narratif surprenant, apparemment faciles et agréables à regarder, mais absolument complexes dans leur contenu, leur composition et leurs caractéristiques. L’exposition a pour objectif donner une visibilité à certaines des œuvres du peintre provenant de collections privées et publiques qui n'ont pas été exposées au grand public depuis des décennies. C'est une occasion rare pour les jeunes artistes et les amateurs d'art de se familiariser avec une production importante de ce peintre vénitien unique et de faire de nouvelles comparaisons avec la peinture moderne et contemporaine.

Ernani Costantini est né à Venise en 1922 et y a presque toujours vécu et travaillé jusqu'à sa mort en 2007. Il a obtenu son diplôme en 1942 à l'École d'Art de Venise, chez l’église Santa Maria dei Carmini, où il a suivi les cours d'Ercole Sibellato, Mario Disertori, Giorgio Wenter Marini et Giulio Lorenzetti. Il a combattu comme volontaire pendant la guerre de libération dans une unité rattachée à la 5ème armée américaine. Dans les années difficiles de l'après-guerre, il a travaillé d'abord comme "ouvrier peintre" pour les décors de Scalera Film dans les studios de la Giudecca, puis comme dessinateur au Magistrato alle Acque. En 1949, il remporte le concours pour l'enseignement des arts et s'installe à Vittorio Veneto, mais après quatre ans, il s'installe définitivement à Venise et se consacre de plus en plus intensément à la peinture.

Son engagement polyvalent est attesté par une riche production de peintures et de nombreuses participations à des expositions collectives et individuelles dans diverses galeries de Venise et d'Italie, avec quelques excursions au-delà de la frontière. Jusqu'à sa mort en 2007, il s'est consacré intensivement à la décoration d'églises, notamment, mais pas seulement, à Venise et à Mestre.

L'exposition est ouverte jusqu'au 27 février, du mardi au dimanche, de 10h30 à 17h30 (Palazzo Tito, Dorsoduro 2826). 

Pour toute information, veuillez consulter le site www.bevilacqualamasa.it.

La première lire de l'histoire a été créée à Venise en 1472 : après 550 ans, la lire Tron a été frappée à nouveau

La première lire de l'histoire de l'Italie a été gravée avec le buste du Doge Niccolò Tron et, de l'autre côté, l'omniprésent lion de Saint-Marc, symbole éternel du pouvoir de la Sérénissime République. La lire a une longue et riche histoire, qui commence à Venise, et a été la monnaie officielle depuis l'unification de l'Italie en 1861 jusqu'à l'introduction de l'euro le 1er janvier 2002. Une histoire qui commence précisément au cœur économique de Venise, depuis sa Monnaie, lorsqu'en 1472 l'orfèvre et graveur Antonello di Pietro, dit Antonello della Moneta, a crée la première lire italienne, à l'initiative de Niccolò Tron, 68ème Doge de Venise en fonction pendant seulement deux ans, de 1471 à 1473. Cette même lire sera frappée à nouveau après 550 ans, le 28 février 2022, à l'occasion des célébrations du 1600ème anniversaire de Venise et dans le cadre des célébrations officielles de la lire et de l'euro conçues et coordonnées par le journaliste et universitaire Sandro Sassoli, pour commémorer la sortie de la circulation de la lire en faveur de l'euro, il y a exactement 20 ans. 

En argent, d'un diamètre de 28 millimètres et équivalente à 240 deniers vénitiens, la lire Tron est une grande innovation vénitienne, qui anticipe la poussée vers un ajustement des systèmes monétaires dans une Italie divisée en de nombreux États et dominions, chacun ayant sa propre monnaie. Avant la lire Tron, la monnaie commerciale la plus utilisée était le "denaro", puis le "grosso". Les premiers "grossi" ont été émis à Venise pendant le dogadod'Enrico Dandolo (1192-1205) et sont rapidement devenus les pièces d'argent les plus utilisées en Europe et au Levant.

Cependant, comme le "grosso" était souvent contrefait avec un alliage d'argent si faible qu'il menaçait et perturbait le commerce, le Conseil des Dix, en 1472, a décidé d'émettre une nouvelle pièce d'argent et d'y apposer l'image du Doge régnant afin de réduire les imitations du
d'autres menthes. Cela a conduit à la création de la lire Tron, qui a ensuite été largement utilisée, devenant une sorte de précurseur de l'euro, circulant même dans les escales commerciales jusqu'en Orient.

Pendant 150 ans, la lire a été la monnaie officielle de l'Italie jusqu'en 2002, date à laquelle elle a été retirée pour faire place à l'euro. Afin de commémorer la monnaie qui accompagne les Italiens dans leur vie depuis si longtemps, Sassoli - qui a organisé en 2002 le changement historique avec Alberto Sordi et Valeria Marini jetant la dernière lire dans la fontaine de Trevi - présentera l'histoire de la lire à Venise et dans toute la Vénétie et l'Italie tout au long de 2022.

"Une histoire longue et fascinante qui mérite d'être racontée et vécue et qui génère une multitude de comparaisons historiques, culturelles, sociales, artistiques et coutumières - explique Sassoli - et c'est pour cette raison que nous impliquons également les écoliers qui n'ont pas eu l'occasion de connaître la lire, mais qui peuvent faire raconter à leurs parents ou grands-parents les souvenirs liés à cette monnaie. Une mer de souvenirs et de sourires pour la lire, mais aussi de perspectives et d'espoirs pour l'euro dans un monde devenu différent".

Une ancienne presse à billets sera amenée à Venise pour frapper à nouveau la lire Tron après 550 ans, tandis qu'une gondole sera entièrement recouverte à l'extérieur de pièces de 200 lires, anciennes mais brillantes, pour créer la première "Gondolira" de l'histoire vénitienne.

Tessitura Bevilacqua : à Venise, le velours est toujours produit à la main, selon les mêmes techniques imposées par les Doges

Au début, c'était le sciamito, une sorte de velours sans poils ; puis, au quatorzième siècle, quelques tisserands de Lucques ont demandé l'asile politique à Venise. De cela, est né un artisanat qui, aujourd'hui encore, exerce une énorme fascination dans le monde entier. Au seizième siècle, Venise comptait 6000 métiers à tisser produisant du velours et des milliers de personnes travaillant dans des ateliers et des maisons. Des tonnes de fils de soie et des mains expertes ont donné vie à des motifs qui sont toujours d'actualité.

Et l'histoire de la Tessitura Bevilacqua a commencé il y a plus de cinq siècles, plus au moins en 1499, lorsqu'un rouleau est apparu dans un tableau de Giovanni Mansueti, intitulé “San Marco trascinato nella Sinagoga”, contenant les noms des commanditaires de l'œuvre, dont un certain "Giacomo Bevilacqua, tisserand". Officiellement, la Tessitura Luigi Bevilacqua a été fondée en 1875 en fondamenta San Lorenzo, dans un palais qui avait été le siège de l'École de Soie de la Sérénissime, abandonné au début du siècle à la suite du décret napoléonien qui, en 1806, avait fermé toutes les corporations d'artisans de Venise. Aujourd'hui, ce de Bevilacqua est le plus ancien atelier de tissage actif d'Europe et utilise les 1700 métiers à tisser originaux de l'École de Soie, créant de précieux velours soprarizzo selon les mêmes techniques imposées par les Doges de la ville, qui célèbre le 1600ème anniversaire de sa fondation.    

"Notre point fort est que nous sommes les seuls à produire un tissu en maintenant les mêmes normes de qualité que par le passé, car nous produisons toujours le tissu original de la même manière après 130 ans", explique le directeur général Alberto Bevilacqua, "L'histoire documentée de notre famille commence avec notre arrière-grand-père, qui a officiellement fondé l'entreprise en 1875, bien qu'il y ait des traces de nos ancêtres dès la fin des années 1400. L'entreprise est passée de main en main depuis six générations, et a également été dirigée par d'autres membres de la famille Bevilacqua".  

Au début du vingtième siècle, l’atelier de tissage Bevilacqua comptait plus d'une centaine de tisseurs, aujourd'hui il y a 18 métiers à tisser et 7 tisseurs qui ont la difficile tâche de créer, avec une patience infinie, quelques centimètres par jour de velours qui orneront les maisons, les salles d'exposition et les églises mais qui seront aussi portés sur les podiums de la haute couture. 

“Dans le passé, l'un des clients les plus importants était l'Église, puis le velours a été introduit dans la mode par la designer Roberta di Camerino avec le sac Bagonghi, et récemment il y a eu un retour important dans la haute couture", poursuit Bevilacqua, "Nous collaborons avec les plus grands designers italiens et étrangers“.  

Entrer aujourd'hui dans l'usine de tissage Bevilacqua, dans le sestiere de Santa Croce, signifie faire un plongeon dans le passé parmi les ourdissoirs, les métiers à tisser en bois, les fils de soie aux couleurs vives et les archives historiques qui comptent plus de 3500 échantillons et messe in carta, c'est-à-dire les dessins techniques qui contiennent les informations nécessaires à la perforation des cartes. 

Pour produire le velours, il est nécessaire de commencer par la conception du motif à réaliser. Chaque trou correspond à un fil et chaque carte représente un demi-millimètre du dessin du tissu à réaliser.

“Dans le passé, il y avait des enfants sur les métiers à tisser qui déplaçaient les fils sur les ordres du tisserand. En 1803, le français Jacquard a inventé ces machines qui lisent des cartes perforées", explique le PDG, "Par exemple, pour un dessin d'un rapport de 1,5 mètre, il faut plus de 3 000 cartes perforées“.

Parallèlement à la création du dessin, on doit préparer le métier à tisser : ça peut prendre jusqu'à six mois de travail et le nouage à la main de 16 000 fils. Une fois que la chaîne a été chargée sur le métier, que les bobines sont en place, que les cartes perforées ont été insérées, il est temps de commencer à tisser. C'est un travail de précision et de patience, très long, qui peut prendre des années pour satisfaire un client : comme dans le cas de la restauration du Palais Royal de Dresde. "Il nous a fallu trois ans, de 2017 à 2019, et trois métiers à tisser pour réaliser 720 mètres de velours cramoisi sur un échantillon original qu'ils avaient sauvegardé", se souvient Alberto Bevilacqua, "nous l’avons refait à l'identique, avec les mêmes caractéristiques techniques".

 

La Société de Secours Mutuel des Charpentiers et des Calafati, un trésor d'histoire navale conservé à Venise

Venise, 20 décembre 2021 - Pinces rouillées, scies en bois, vieux outils originaux de l'Arsenal de Venise, antiques drapeaux des régates d'aviron vénitiennes datant d'avant l'unification de l'Italie, modèles réduits de bateaux. Une partie de l'histoire navale de la ville est cachée en un seul endroit, un petit coffre au trésor d'objets, d'histoires et d'anecdotes liés au glorieux passé naval de Venise, dont on célèbre cette année le 1600ème anniversaire de la fondation. Ce lieu méconnu continue de préserver avec soin, dévouement et respect du passé une partie importante de l'histoire de la ville afin que le présent ne permette pas d'en effacer les traces. Dans le sestiere de Castello, à l'intérieur du bâtiment qui abritait autrefois l'un des sièges de l'Ospedale dei Santi Giovanni e Paolo, se trouve le siège de la plus ancienne association encore active à Venise, la Société de Secours Mutuel des Charpentiers et des Calafati.

Fondée le 1er avril 1867, cette société, héritière morale de la Scola picola dei Calafai de l'Arsenal, c’est-à-dire l'école des ouvriers spécialisés dans la construction navale, est toujours vivante grâce à l'action de ceux qui continuent d'y appartenir et maintiennent aujourd'hui encore ses statuts et ses valeurs.

Aujourd'hui comme hier, la Société de Secours Mutuel des Charpentiers et des Calafati de Venise, qui conserve les anciens noms hiérarchiques de ses membres, est régie par une mariegola, un livre de règles que l'association possède encore et qui renferme une pièce importante de son histoire, et aussi de celle de la ville de Venise. Volume extrêmement précieux datant de 1867, il est conservé au siège actuel de la Société à San Pietro di Castello (la version originale de la mariegola a été vendue au Musée Correr en 1921). Il s'agit d'un livre très ancien de grande valeur philologique et historique, véritable recueil d'articles réglementaires mais aussi de noms et de signatures de personnages importants de l'histoire de notre pays qui, au fil des ans, sont devenus membres honoraires de l'Association vénitienne. 

La mariegola de la Société de Secours Mutuel des Charpentiers et des Calafati de Venise peut encore être admirée et consultée aujourd'hui. Elle est conservée dans son coffret d'origine, qui peut être considéré comme une véritable œuvre d'art. En vénitien, on l'appelle "cassea" et il s'agit d'une boîte rectangulaire en bois incrustée à la main, qui était utilisée dans les différentes écoles de métiers de la ville pour stocker leur mariegole.

Il suffit de l'ouvrir délicatement et de tourner les pages jaunies par le temps, l'une après l'autre, pour découvrir des articles, des règles et des règlements dans l'écriture fascinante des temps passés, on peut toucher les traces d'encre laissées sur le papier par les mains de certains des personnages les plus importants de l'histoire italienne, de Giuseppe Garibaldi, devenu membre honoraire le 14 avril 1867, au pape Jean-Paul Ier, membre depuis le 3 avril 1977, en passant par le maire de Venise, Giuseppe Giovanelli, devenu membre honoraire en 1969. La mariegola porte également la signature du roi d’Italie Umberto di Savoia, qui était membre honoraire de la Société à partir du 27 mai 1878. 

Les anciennes corporations de métiers de la Sérénissime République, comme celle des charpentiers et des calafati, ont été supprimées entre 1806 et 1807, au nom de la liberté économique, et tous leurs biens de valeur ont été vendus à des particuliers. Cela n'a pas arrêté un groupe d'ouvriers de la marine qui, toujours se souvenant des enseignements des Schole Picole dei Calafai dell'Arsenal et des Marangoni da nave auxquels ils appartenaient, ont décidé de faire revivre ces sociétés de secours mutuel. 

C'est ainsi que le 24 mars 1867, dans la calle San Gioachin, à San Pietro di Castello, une assemblée s'est constituée entre tous ceux qui travaillaient comme charpentiers et calafati dans les squeri (terme vénitien indiquant les chantiers navals pour les petits bateaux) de la ville et ceux qui travaillaient dans les docks de l'Arsenal pour donner vie à une nouvelle société de secours mutuel. Un an après sa fondation, cette association, retrouvée et renouvelée, a décidé à l'unanimité, le 30 août 1868, de supprimer l'ancien règlement au profit d'un nouveau statut mis en vigueur le même jour. Cela n'a changé qu'en 1980 avec l'introduction d'un autre ensemble de règles qui ont apporté une innovation très importante à l'association : l'acceptation de toutes les catégories de travailleurs des deux sexes. Le troisième statut n'entrera en vigueur qu'à la fin des années 1990, à la suite de la nouvelle réforme du système de sécurité sociale. 

Deux ans après sa fondation, la Société de Secours Mutuel des Charpentiers et des Calafati de Venise reçoit en cadeau de son membre Giuseppe Tonello le squero di San Isepo, qui lui appartient toujours, situé dans la fondamenta homonyme de San Pietro di Castello, un soi-disant "squero sotil", c'est-à-dire pour les petits bateaux, dont les revenus sont toujours destinés à la subsistance de la société elle-même. Outre le squero, au fil des ans, la Société est entrée en possession de plusieurs autres structures telles que des appartements, deux entrepôts et des objets liés à la fabrication navale du passé, mais elle n'a jamais cessé de poursuivre son objectif de préserver et de transmettre à la postérité la culture navale vénitienne de l'âge d'or de l'Arsenal.

Aujourd'hui, 1600 ans après la fondation de la ville où elle a vu le jour et continue de fonctionner, la Société de Secours Mutuel des Charpentiers et des Calafati de Venise poursuit toujours son objectif, en préservant des biens précieux d'un passé désormais révolu mais en évoluant vers de nouvelles activités caritatives et de nouveaux projets culturels et éducatifs pour continuer à diffuser la culture navale vénitienne et ne pas perdre le fil de l'artisanat du secteur qui a fait de Venise un exemple dans le monde entier.

 

 

 

La Casa del Cinema de Venise rend hommage au 1600èmeanniversaire de la Sérénissime avec une série de rencontres sur le lien entre la ville et le septième art

Le cinéma à Venise et Venise dans le cinéma. Des plus beaux films qui ont capturé sur grand écran des morceaux de l'histoire de la ville aux 90 ans du Festival international du film qui, depuis 1932, envahit les cinémas du Lido de Venise avec les premières mondiales, en passant par les sociétés de production locales qui continuent, aujourd'hui encore, à raconter l'histoire et la beauté d'une ville qui a 1600 ans d'histoire. Et c'est précisément à l'occasion de cet important anniversaire que la Casa del Cinema de Venise organise, en collaboration avec le secteur culturel de la ville et Circuito Cinema, une série de rencontres, un voyage imaginaire, mené par des experts en la matière, qui accompagnera le public à la découverte du lien profond et ancien entre la Sérénissime et le septième art.

Du 12 janvier au 16 février, tous les mercredis à 17 heures à la Casa del Cinema, au rez-de-chaussée du Palazzo Mocenigo à San Stae, Mario Isnenghi, Carlo Montanaro, Gian Piero Brunetta, Michele Gottardi, Paolo Lughi, Marco Caberlotto et Lucio Scarpa seront les protagonistes de débats allant de l'histoire de Venise aux films ayant un décor vénitien, des origines du cinéma aux productions plus récentes, du monde du pré-cinéma aux sociétés de production vénitiennes, de l'histoire de la Mostra de Venise aux réflexions sur la cinématographie contemporaine et les décors vénitiens.

En fait, le cinéma est chez lui à Venise : sa forme, son charme et sa beauté ont offert, au fil des décennies, d'innombrables occasions de transformer les calli, les canaux et les campielli en un plateau de tournage à ciel ouvert. Le 25 octobre 1896, le Grand Canal de Venise est filmé pour la première fois dans l'histoire du cinéma. C'est le réalisateur Alexandre Promio qui a immortalisé le canal le plus célèbre du monde dans son court-métrage Panorama du grand Canal pris d'un bateau. Depuis ce moment, Venise n'a jamais cessé d'attirer des réalisateurs et des acteurs de renommée mondiale, qui l’ont choisie pour y tourner des chefs-d'œuvre qui ont marqué l'histoire du cinéma. Selon les experts, il existe aujourd'hui environ 700 films dont l'action se déroule à Venise, dont certains sont restés dans les mémoires comme de véritables chefs-d'œuvre : de Senso de Luchino Visconti à Giulietta e Romeo de Castellani, de l'inoubliable Venezia, la luna e tu de Dino Risi à Anonimo veneziano d'Enrico Maria Salerno. 

Le programme prévoit un rendez-vous tous les mercredis, du 12 janvier au 16 février, pour discuter de “Una storia senza memoria”, “Prima dei Lumière, verso il cinema come spettacolo collettivo”, “Una storia del cinema a Venezia”, “La Scalera Film a Venezia”, “1932-2022 : 90 anni di Festival” et de “Produrre e distribuire a Venezia, l’esempio di Kublai Film”.

L'entrée est gratuite dans la limite des places disponibles.

Réservation recommandée sur www.culturavenezia.it/cinema

Palazzo Corner Mocenigo présente les plus belles crèches installées par le corps de la Garde des finances

Il y a celle qui se déroule dans une Venise miniaturisée, celle qui est faite de biscuits ou celle où, en plus de la classique crèche, on trouve des statues de policiers financiers en uniforme. Ce sont les crèches de l'exposition du Palazzo Corner Mocenigo, siège du Commandement régional de la Garde des finances (la police douanière et financière italienne), qui permettent aux visiteurs d'admirer toute la créativité et l'habileté des artisans, des militaires et des passionnés vénitiens qui ont contribué à la création de ces petites œuvres d'art à Venise, l'année de son anniversaire le plus important, celui de sa fondation il y a 1600 ans. C'est ainsi que les intérieurs du palais historique de campo San Polo accueillent de petits paysages construits dans les moindres détails par les mains expertes de ceux qui, en plus d'aimer Noël, savent réunir imagination et habileté manuelle pour créer de petites vues où chaque personnage, chaque lieu et chaque scène recréés ont leur propre signification, des bergers qui gardent leur troupeau aux agriculteurs qui nourrissent leurs animaux, aux dames qui étendent leur linge pour le laisser sécher au vent, ou encore aux charcutiers qui exposent, dans leurs petites boutiques en bois, les meilleurs morceaux de viande ou de fromage en miniature. 

Cette exposition fascinante, composée de nombreuses œuvres d'une valeur artistique particulière appartenant au corps de la Garde des finances, à des collectionneurs et à des amateurs privés, offre l'occasion d'admirer, outre les compositions traditionnelles des artistes de Vénétie, des dioramas raffinés. 

L'exposition s'ouvre dans la première salle du Commandement régional de la Garde des finances, qui abrite des crèches en perspective, disposées dans des vitrines et recréant la profondeur des paysages bucoliques typiques qui accueillent la nativité avec des effets de perspective fascinants. La même salle accueille également d'autres œuvres spéciales comme la crèche en biscuit créée par une petite fille, Lisa Righi, ou une exposition de vieux soldats de plomb, mais le clou de la pièce est la crèche dans une Venise miniature où Marie, Joseph et l'enfant Jésus sont couchés au pied de la basilique de Santa Maria della Salute et sont entourés de l'atmosphère magique d'un parcours de bâtiments historiques s'élevant au-dessus des eaux de la lagune vénitienne. Conçu par le lieutenant général Bruno Buratti, commandant interrégional de la Garde des finances pour le nord-est de l'Italie, ce joyau de l'artisanat vénitien s'enrichit chaque année de nouvelles pièces réalisées par les meilleurs artisans de la ville. La deuxième salle de l'exposition accueille d'autres crèches, des plus classiques aux plus originales, des plus petites à celles qui recréent de grandes scènes de paysages ruraux. Il y a également une crèche très spéciale qui comprend des bergers portant un uniforme historique de la Garde des finances, combinant ainsi toute la magie de la crèche avec l'histoire du lieu où elle se trouve.

L'exposition de crèches, organisée par le Commandement régional, avec la collaboration de l'association "Amici dei Presepi Spinea", s'inscrit dans le cadre de l'exposition "Presepi nella Terra dei Tiepolo" (en français : "Crèches sur la terre de Tiepolo"), qui en est à sa huitième édition. Il est librement accessible, jusqu'au 6 janvier 2022, aux horaires suivants :

- les jours de semaine de 10 h à 12 h ; 

- Les samedis et jours fériés de 10 h à 13 h et de 14 h à 16 h. 

Pour plus d'informations et de contacts : www.palazzocornermocenigo.it

Vincenzo Coronelli, le frère franciscain aux multiples facettes qui a dessiné le monde et le cosmos pour la Sérénissime

Ses globes terrestres et célestes, enrichis jusqu'au moindre détail de toutes les découvertes géographiques de l'époque, ont enchanté les cours d'Europe, de celle du duc de Parme à celle de Louis XIV en France. Ses cartes géographiques et ses études encyclopédiques ont été si importantes dans la sphère scientifique qu'elles laissent encore aujourd'hui une solide empreinte. Géographe, cartographe, cosmographe, encyclopédiste et expert en hydraulique Vincenzo Maria Coronelli, frère franciscain aux multiples facettes, a consacré sa vie à Venise, qui célèbre cette année le 1600ème anniversaire de sa fondation, en mettant à disposition ses connaissances et sa technique et en enrichissant considérablement le patrimoine culturel et scientifique de la Sérénissime.

Né à Venise le 15 août 1650, Vincenzo Coronelli entre très jeune dans l'ordre franciscain des Frères mineurs conventuels au couvent de la basilique Santa Maria Gloriosa dei Frari. Formé à une époque où Venise investissait massivement dans la culture et la science, le frère franciscain a réussi à combiner l'étude théorique dans les livres avec l'importance de cultiver d'importantes relations diplomatiques.

"De ce point de vue, il est à l'avant-garde", affirme Elisabetta Vulcano, fondatrice du Centro Studi Riviera del Brenta et autrice du livre Vincenzo Coronelli : un aperçu sur la Brenta, qui vient d'être publié : "Il a réussi à mettre sur papier toutes ses études, qui se fondaient non seulement sur des livres mais aussi sur des relations diplomatiques avec des personnalités rencontrées au cours de sa vie dans les cours européennes. Coronelli a utilisé ces connaissances pour lui faire décrire le paysage, la ville et la côte où ils vivaient. Il a ensuite créé un réseau d'informateurs précieux, afin de pouvoir déchiffrer les informations sur papier et raconter le monde à ceux qui voyageraient plus tard".

Et c'est grâce à ces connaissances que le père franciscain a pu visiter certaines des cours les plus prestigieuses d'Europe, en premier lieu celle de Ranuccio Farnese, duc de Parme, qui lui a commandé en 1678 deux globespour orner sa bibliothèque qui, avec ses 1,75 mètre de diamètre, représentaient la Terre et les corps célestes. Par contre, son amitié avec le cardinal César d'Estrées, ambassadeur de France à Rome, l’a conduit à la cour de Louis XIV à Paris, pour lequel il a réalisé deux globes de près de 4 mètres de diamètre et pesant 2 tonnes, biensupérieurs à tous ceux fabriqués à l'époque. Représentations synthétiques du monde alors connu et du ciel à la naissance du Roi Soleil, ces deux œuvres manuscrites, considérées comme l'emblème de l'immense pouvoir de Louis XIV, peuvent encore être admirées à la Bibliothèque nationale de France, dans le bâtiment François Mitterrand.

La renommée et l'admiration suscitées par ses œuvres sont telles qu'à son retour à Venise en 1684, Coronelli est nommé Cosmographe de la République de Venise, un titre dont il sera fier toute sa vie, et reçoit une allocation annuelle pour poursuivre son travail.

“La Sérénissime soutenait pleinement le père franciscain parce qu'il était un personnage illustre", poursuit Vulcano, "et ce soutien a porté ses fruits : Coronelli a réalisé de nombreuses études qu'il a converti en cartes et en tableaux, qui ont été à l'époque les plus importants et les plus actuels parce qu'ils étaient le résultat de son inclination à continuer à étudier le territoire, et pas seulement celui dans lequel il vive. Grâce au réseau d'amitiés diplomatiques qu'il a construit en Europe, il a codifié les informations reçues pour produire des cartes actualisées. Vincenzo Coronelli a donc été un personnage important pour la République de Venise, qui a transmis à la postérité un incroyable patrimoine cartographique et géographique".

À partir de ce moment, le frère franciscain devient infatigable : l'année même de son retour dans sa patrie, il fonde l'Accademia degli Argonauti, considérée comme la plus ancienne société géographique du monde, termine le premier volume de l'Atlante Veneto, le premier ouvrage de cartographie et de géographie italienne capable de rivaliser avec les atlas hollandais les plus célèbres, et dessine pour la Sérénissime de nombreuses cartes destinées à montrer aux Vénitiens les territoires qu'ils ont conquis en Méditerranée. Il poursuit également sa production de globes, dont certains sont encore soigneusement conservés dans les salles monumentales de la Biblioteca Marciana et au Museo Correr.

Mais le génie de Vincenzo Coronelli ne s'est pas limité à la cartographie et à la fabrication de globes terrestres. En tant que consultant de l'administration des eaux de la République de Venise, il a également conçu d'importants travaux publics, notamment dans le domaine de l'hydraulique, qui ont ensuite été mis en œuvre, comme les Murazzi, l'imposant ouvrage en pierre d'Istrie qui s'étend toujours du Lido à la côte de Sottomarina. Jusqu'au dix-huitième siècle, en effet, la Sérénissime dépensait chaque année beaucoup d'argent pour défendre la lagune contre la fureur des tempêtes marines : dans les points où il y avait le plus de danger et de dégâts, on essayait d'aménager les palade, des pilotis renforcés par des pierres qui, cependant, ne duraient pas longtemps. En 1716 Coronelli, dans l'appendice de son livre Europa vivente, propose une nouvelle méthode de défense plus stable, consistant en un mur de blocs de pierre d'Istrie. Comme le souligne Elisabetta Vulcano, "Son talent consiste à avoir analysé le contexte et à avoir cherché des solutions. Il ne s'arrête pas à une pure représentation du territoire d'un point de vue géographique, mais l'étudie avec habileté et les projets qu'il réalise, comme les Murazzi et la série de gravures où il montre le fonctionnement des écluses de navigation, sont des plaques scientifiques : on perd l'aspect esthétique de la gravure, bien qu'elles soient également belles, et on se concentre sur la capacité à étudier leur fonctionnement".

Même les terres de la Riviera del Brenta, considérées à l'époque comme le "grand jardin de Venise", n'ont pas échappé à l'œil attentif du frère vénitien, qui étudie et dessine l'architecture de ses villas et palais dans un recueil intitulé La Brenta quasi borgo di Venezia, imprimé à Venise entre 1708 et 1710 et comprenant environ 160 planches des bâtiments situés entre la lagune et Padoue. "Avec Coronelli nous voyons, en comparant les palais et les villas présents aujourd'hui, ceux qui existent encore et ceux qui ont subi d'énormes transformations", dit Vulcano, "il s'agit donc d'un document très important d'un point de vue géographique : ne pas tant pour donner l'idée que dans la Riviera del Brenta il y avait une voie d'eau si extraordinaire du point de vue esthétique et architectural, mais pour donner une signification géographique au type d'architecture qui, à l'époque, se dressait le long des méandres de la Brenta".

Pour l'époque à laquelle elles ont été créées, pour l'attention portée à chaque détail et pour l'admiration qu'elles ont suscitée dans toute l'Europe : les œuvres de Coronelli sont d’une valeur inestimable. Travailleur infatigable, érudit aux multiples facettes et éditeur prolifique : pour la Sérénissime, Vincenzo Coronelli est l'un de ces rares personnages dotés de la capacité, et de la prédisposition, à illuminer plusieurs domaines de la culture vénitienne grâce à leurs vastes connaissances et leur maîtrise.